Prédications

Ier dimanche de la Passion 2017

« En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort ».

« Si quis sermonem meum servaverit, mortem non videbit in aeternum »

MBCF,

Il n’y a peut-être pas de phrase plus forte, plus importante pour notre âme que cette phrase de NSJC : « Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort ».

C’est une promesse fabuleuse.
C’est une promesse réjouissante.

C’est une promesse qui fonde notre espérance du Ciel : « si quelqu’un garde ma parole il ne verra jamais la mort »

Elle sonne aussi fort dans mon âme que cette autre phrase de NSJC disant, lors de sa prière sacerdotale : « Père, ceux que vous m’avez donnés, je veux que là où je suis, ils y soient avec moi » ou encore « je vais vous préparer une place ».

Cette phrase, cet enseignement du Seigneur entre parfaitement dans notre prédication de Carême qui porte, il vous en souvient, sur le salut. Nous cherchons à savoir en quoi consiste le salut ? Nous avons répondu d’une façon catégorique que le salut c’est le Christ. C’est l’enseignement formel de saint Pierre : « Il n’y a pas d’autre nom sous le ciel que ce nom de Jésus par lequel nous pouvons être sauvés ». Nous savons que ce salut a pour objet la rémission du péché d’Adam et de nos propres péchés ; il a pour terme la vie éternelle. Nous savons que pour avoir cette vie éternelle, il faut s’adonner à la garde des dix commandements. « Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » Et Jésus de lui répondre : « garde les commandements ». C’est clair.

C’est, me semble-t-il, un peu le même enseignement que nous donne Jésus, en ce dimanche, dans cette parole : « Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort », c’est-à-dire, il vivra toujours. Il connaîtra la béatitude éternelle.

« Garder sa parole » est la condition sine qua non de la vie éternelle.

En latin, nous avons le verbe « servire ». C’est un mot très riche. Sa multiplication de sens va déterminer, va préciser notre attitude vis-à-vis de la parole de Dieu.

Son sens premier est « sauver », « préserver » « protéger », « défendre contre ». C’est le sens même du verbe « custodire » que l’Eglise utilise pour définir joliment l’attitude de saint Joseph dans la garde de la sainte famille. Dans les litanies de saint Joseph nous avons bien cette belle exclamation « Custos pudice Virginis », « le gardien très pudique de la Vierge Marie ». Il fut celui qui la garda, la protégea, la conserva, la surveilla, la prit en garde, veilla sur elle.

Telle doit être notre première attitude vis-à-vis de la parole de Dieu. Nous devons la « garder » fidèlement, si besoin est, la protéger, la défendre contre des ennemis. Et c’est pourquoi sonnent très juste les réclamations de Jean Madiran depuis quarante ans, demandant au Pape qu’on nous redonne « la messe le catéchisme, la sainte Ecriture ». Trois biens précieux qui furent menacés, qui sont menacés. Le premier a été redonné à la Chrétienté : la messe tridentine, du moins son droit a été rappelé, même s’il n’est pas encore d’application ni aisée ni universelle…Mais le mouvement est irréversible. Nul ne pourra aller contre.

Et cette garde, cette veille, cette défense de la parole de Dieu nous est une obligation. Souvenez-vous de cette belle phrase de Dom Guéranger disant à ses moines : « Il est dans le trésor de la Révélation des points essentiels, dont tout chrétien, par le fait même de son titre de chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligé …Les vrais fidèles sont les hommes qui puisent dans leur baptême –en période d’hérésie – l’inspiration d’une ligne de conduite ; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission au pouvoir établis, attendent, pour courir à l’ennemi ou s’opposer à ses entreprises, un programme qui n’est pas nécessaire et qu’on ne doit point leur donner ».

« Servire » veut dire aussi « conserver », « garder en réserve ». Mais ce fut l’attitude la Vierge Marie qui, nous dit l’évangéliste saint Luc « conservait toutes ces choses en elle-même les repassant en son coeur ». « Maria autem conservabat omnia verba haec conferens in corde suo ». C’est l’attitude de l’orante, de la prière. Il faut donc conclure que ne connaîtra pas la vie éternelle ou qu’il met sa vie éternelle en danger, celui qui ne prie pas. Car « servir » la parole de Dieu implique aussi cette contemplation intérieure. Et les saints dans leurs audaces catégoriques, sans ménagement, allaient de part le monde et répétaient sans cesse : celui qui prie, se sauve, celui qui ne prie pas se damne. Or la vie actuelle, l’activisme contemporain, le matérialisme présent, le bruit constant dans lequel beaucoup se meuvent, coupent non seulement les gens les uns des autres, nous projetant dans l’individualisme, mais leur empêche surtout tout recueillement, toute méditation. Il faut donc rompre catégoriquement avec ce mode de vivre.

Mais « servire » veut dire aussi, « observer », « respecter », « être fidèle à »…C’est ce que firent et Notre Dame et Saint Joseph. Ils respectèrent la parole de l’ange : ils lui donnèrent le nom de Jésus comme l’ange l’avait ordonné donnant ainsi à entendre quelle serait sa mission : « il sauvera son peuple de ses péchés ». « Le huitième jour étant arrivé, auquel l’Enfant devait être circoncis, il fut appelé Jésus, nom que l’ange lui avait donné avant qu’il eût été conçu dans le sein de sa Mère ». Ils observèrent la loi de Moïse et Ils portèrent l’enfant au Temple, c’est la présentation, comme les y obligeait la loi de Moïse : « Quand les jours de leur purification furent accomplis selon la Loi de Moïse, Marie et Joseph portèrent l’enfant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur : « tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur ; » et pour offrir en sacrifice, ainsi que le prescrit la loi du Seigneur, deux tourterelles, ou deux petites colombes ». (Lc 2 21 24)

Voilà qui est clair. « Servir » la parole de Dieu implique son observation, son respect, oblige à y être fidèle. L’enjeu est de taille, la récompense en est grande : la vie éternelle.

« Servire » veut dire aussi « surveiller », « veiller à », « avoir l’œil sur », « faire attention à », « faire le guet », « observer les astres ». Mais c’est l’attitude sans cesse demandée par Notre Seigneur à son serviteur. Il nous demande d’être sur nos gardes, d’être comme le veilleur qui attend le retour de son maître ; il est sur le guet. L’attitude du chrétien est d’être le guetteur, le veilleur. Son attitude est toute tendue vers…le maître qui doit revenir à la première ou à la troisième veille…Heureux ce serviteur que le Maître à son retour trouvera veillant. La béatitude ici lui est offerte. Là, le Christ dit de même : « Celui qui garde ma parole ne verra jamais la mort ».

L’ultime sens de « servire » est « ne pas quitter un lieu », « séjourner », « habiter ». Alors que je méditais ce sens, je pensais tout spontanément à l’attitude de saint Jean prenant avec lui, dans sa demeure, « in sua », nous dit son Evangile, Notre Dame. Du haut de la Croix, Jésus dit à sa Mère « Mère voici votre fils » ; au disciple « voici votre mère » Et de cette heure, le disciple la prit chez lui : « Et ex illa hora acceptit eam discipulus in sua ».

Voilà notre attitude vis-à-vis de la parole du Seigneur. Nous devons la prendre chez nous. Nous devons « habiter » avec elle. Nous devons en faire nos délices. Nous devons la servir, être à son service. La pendre avec lui, fut l’honneur de saint Jean, sa joie, sa paix. Il en sera de même pour celui qui prend la parole de Dieu avec soi. Elle fera également son honneur, sa joie, sa paix. Celui-là connaîtra l’ordre. Puisque la paix c’est la tranquillité dans l’ordre. Il connaîtra la vertu, l’aimera comme saint Jean l’a connue en vivant en contact si régulier avec Marie. La vertu, lui donnera le bonheur, puisque au dire du philosophe le bonheur est l’agir vertueux. Il connaîtra la liberté puisque la liberté est le fruit de la vertu.  La liberté n’est pas au commencement, mais à la fin. Ainsi celui qui médite la loi, la parole de Dieu sera libre, connaîtra la liberté. La liberté n’est pas à la racine, mais aux fleurs et aux fruits de la vertu humaine. Vertu humaine qui s’abreuve, nous l’avons dit, dans et de la parole de Dieu On est plus libre à proportion qu’on est meilleur. Il faut le devenir. On le devient par la possession de la parole de Dieu. Il faut qu’elle soit « in sua », en son être, en son bien, en son cœur.

Et quelle est donc « cette parole du Seigneur » qu’il faut servir pour connaître la vie éternelle ? C’est le sermon sur la Montagne, le sermon des béatitudes. Ce sont les mystères qu’il nous a enseignés, c’est le mystère de l’Incarnation, qui nous trace la voie royale de l’humilité, C’est le Mystère de la Rédemption qui nous présente d’une manière étonnante la charité de Dieu, C’est le mystère de la Résurrection. Depuis sa Résurrection, nous savons qu’Il vit pour Dieu » : « Vivit Deo ». « Vivere Deo ». C’est l’expression de saint Paul. C’est ce que je dois faire tout le long de mes journées. Vivre, moi aussi, pour Dieu.  C’est le mystère de l’Ascension qui oriente notre esprit définitivement vers le Ciel. C’est le mystère de l’Eglise à qui il a confié « sa parole », ses mystères, son Eucharistie, son sacrifice.

Amen.

4ème dimanche de Carême 2017

 

Poursuivons, MBCF, notre méditation dominicale sur le salut. C’est le thème de notre prédication de Carême.

Nous savons que le salut, c’est le Christ.

Nous savons aussi que l’objet de salut, c’est notre délivrance du péché originel et l’accès à la vie éternelle.

Nous savons également que ce salut s’obtient par l’observance des commandements de Dieu.

Aujourd’hui nous voudrions ajouter une note supplémentaire : ce salut proposé s’obtient par a dévotion mariale. Qui n’a pas de dévotion mariale, se damne. Qui aime notre Dame, se sauve. 

Approfondissons la chose. Cela vaut le coup. Pour ce faire, nous utiliserons l’hymne des Matines de la fête de la Nativité de Notre Dame, que l’on fête le 8 septembre. Vous verrez sur quels principes l’Eglise fonde sa dévotion à Marie.

Dans cette hymne, l’Eglise chante les grandeurs de Marie.

Ière strophe.

« Quem terra, pontus, sidera colunt, adorant, praedicant, Trinam regentem machinam, claustrum Mariae bajulat”

“Celui que la terre, la mer et les astres vénèrent, adorent et proclament, qui gouverne ce triple monde, Marie le porte en son sein ».

Cette strophe exprime la particulière grandeur de Notre Dame. Sa Maternité divine en est la raison. Elle porte en son sein celui qui a créé toutes choses, « l’univers visible et invisible », la terre et le ciel, les Anges et les hommes et qui les gouverne dans sa Providence et qui est « chanté » par tout l’univers. Quelle chose étonnante, merveilleuse ! « Elle le porte en son sein ». « Claustrum Mariae bajulat »

Arrêtons-nous sur les mots choisis par notre saint auteur.

« Elle le porte en son sein ». En latin c’est beaucoup plus fort, beaucoup plus expressif : « claustrum Mariae bajulat ». « Elle le porte enfermé ». « Claustrum » vient de « claudere » qui veut dire précisément : « fermer, enfermer » : elle le porte (bajulat) enfermé en son sein. « Claustra claustrorum »  est un mot très fort. Il veut dire tout ce qui sert à fermer : « clef, verrou ; tout lieu fermé : cage, enceinte de forteresse ». Il a donné en français le mot « clôture », « cloitre ». Ainsi Celui, qui dirige l’Univers, a consenti, pour notre salut, à se faire « infans », à s’enfermer dans le sein de Marie, véritable clôture pour le Verbe, pour Celui qui a tout fait. Quel mystère ! Mais aussi quelle gloire pour Marie !

C’est sur ce point qu’il faut insister. Il y a un tel contraste. Celui, qui est le Maître de l’Univers, n’a pas craint de se faire « petit », « infans », « muet ». C’est le sens même du mot « infans » : « Infans » veut dire - il ne faut pas craindre de faire sonner les mots, la grandeur du Mystère n’en parait que plus beau - « Infans » veut dire « qui ne parle pas ». Vous vous rendez compte ! Celui qui est le Verbe, et qui a créé l’Univers d’une Seule Parole, c’est fait dans ce Mystère de l’Incarnation, en Marie, « celui qui ne parle pas, qui est incapable de parler, sans éloquence : « Infans ». Quel contraste !

Et pour bien le montrer, notre auteur insiste fortement sur la Majesté du Créateur. Il est « le tout puissant ». Il peut tout faire. Il a la science de tout, tout est soumis à son empire et à sa volonté. Rien ne lui est impossible. Il est le Créateur de tout. Il n’a pas formé le monde avec une matière préexistante, Il l’a tiré du néant, sans nécessité, ni contrainte, librement et de son plein gré, par un simple acte d’amour. Le seul motif qui l’ait déterminé à l’œuvre de la création, c’est sa bonté qu’il voulait répandre sur les êtres qu’Il allait produire. « Il a dit et tout a été fait : il a ordonné et tout a été créé » (Ps 148 5) « le terre et le ciel et tout ce qui l’habite » Et Celui qui a tout créé, gouverne aussi toutes ces choses. « Trinam regentem machinam ». « Machinam » qui vient du grec et qui veut dire « toutes ses inventions » ; j’aimerais traduire volontiers, toute cette « machinerie ». Il gouverne « la terre, la mer et les astres ». « terra, pontus, sidera ». Mieux Il est le Roi. Le Souverain. « Rex ». « Trinam regentem machinam ». Et à ce titre, en toute justice, tout l’univers, le «  vénère, l’adore et le proclame » «  Quem terra, pontus, sidera colunt, adorant, praedicant ». « Colunt » de « colere » qui veut dire : « cultiver, s’occuper de, pratiquer ». C’est l’agriculteur qui cultive son champ. Au figuré, c’est le sujet qui honore son Dieu, le respecte, le « chérit ». Telle est l’attitude de toute créature vis-à-vis de son Dieu. Il faut bien être une génération de dévoyés par « oublier Dieu, ne plus s’en occuper, ne plus le pratiquer, ne plus le cultiver ». Notre auteur précise encore : « adorant » et « praedicant » : elles « l’adorent » et « le proclament ». Ces sont les actes même du vrai culte : l’adoration, la louange, elles le célèbrent. C’est ce que dit l’Ecriture Sainte, dans de nombreux Psaumes, ceux particulièrement que le clergé chante le dimanche matin à Laudes : « benedicite, omnia opera Domini, Domino : laudate et superexaltate eum in saecula » : « Ouvrages du Seigneur, bénissez tous le Seigneur ; louez-le et exaltez-le dans tous les siècles », « Benedicite, Angeli Domini, Domino ; benedicite, caeli, Domino », « Anges du Seigneur, bénissez le Seigneur ; Cieux bénissez le Seigneur… », « Soleil et lune, bénissez le Seigneur ; étoiles du ciel, bénissez le Seigneur…. ». C’est dans Daniel 3 57-88. Sur ce thème, on pourrait aussi citer le Psaume 148 et bien d’autres.

C’est celui-ci, ainsi magnifié, qui s’enferme dans le sein de Marie après la parole de Marie à l’archange Gabriel : « Qu’il me soit fait selon votre parole » : « claustrum Mariae bajulat ».

C’est merveilleux, vous dis-je. Comment ne pas être ému devant ce mystère ? Et adorer le Créateur qui, pour notre salut, ne craint pas de se faire homme et de cette manière. « Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur » (Lc 2 11). Le sein de Marie est son « cloitre », son « monastère », son Temple, où il adore son Père  qui est dans les cieux. « Je viens ô Dieu faire votre volonté » (Hb)

2ème strophe

« Cui luna, sol, et omnia deserviunt per tempora, perfusa caeli gratia gestant puellae viscera »

« Celui à qui la lune, le soleil et toutes choses obéissent en tous temps, est porté par les entrailles d’une vierge fécondes par la grâce céleste »

C’est la fidèle transcription du récit évangélique, de la parole de l’Archange Gabriel, l’Ange de l’Annonciation : « L’Ange étant entré chez elle lui dit : « Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes…Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez en votre sein, et vous enfanterez un fils et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, on l’appellera le Fils du Très Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il règnera éternellement sur la maison de Jacob et son règne n’aura pas de fin… » « Comment cela se fera-t-il… ?L’Esprit Saint viendra sur vous et la vertu du Très Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’être saint qui naitra de vous sera appelé Fils de Dieu »… « Marie dit à l’Ange : voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole » (Lc 1 1 293).

C’est ce que dit notre auteur : « perfusa caeli gratia » : « perfusa » c’est le participe passé de « perfundere » qui veut dire « couvrir » : « couverte de la grâce céleste ». Saint Luc utilise le mot : « obumbrare » : « virtus Altissimi obumbrabit tibi », il dit même : « Spiritus Sanctus super veniet in te ». Le « perfundere » de notre auteur exprime parfaitement cette action de l’Esprit Saint pour réaliser le mystère de l’Incarnation.

Et quel langage réaliste ! « gestant puellae viscera » : « les entrailles «  viscera » de «  l’enfant », « puellae » portent le Roi de l’univers.

Remarquons tout d’abord le terme : « puella » pour désigner la Vierge, ce qui exprime la jeunesse de la Vierge. C’est une expression qui se veut en plus très tendre, très affectueuse.

Et notre auteur insiste de nouveau sur la Majesté de Celui que porte les « entrailles de la jeune Vierge » : c’est « Celui à qui la lune, le soleil et toutes choses obéissent en tous temps », « Cui luna, sol, et omnia deserviunt per tempora ». Le verbe latin « deservire » commande le datif, d’où le mot « Cui » et exprime un service absolu : « se consacrer entièrement à quelqu’un », « être au service de… ». D’où le mot français de « serviteur ». Ainsi de la création vis-à-vis de son Maître ! Toute la création le sert en chantant sa gloire ! Ainsi de Notre Dame : « Je suis la servante du Seigneur ».

3ème strophe

Beata Mater munere, Cujus supernus Artifex Mundum pugillo continens, Ventris sub arca clausus est »

« Mère bienheureuse, par un tel don, le Créateur céleste qui porte le monde en sa main, est enfermé dans l’arche de son sein ».

C’est la même idée qui est ici encore reprise et exprimée, mais avec quel réalisme. J’en suis « estomaqué ». « Munere » de « munus ». C’est le mystère de l’Incarnation qui est ici sous-entendu. Il le définit du juste mot : « c’est une faveur, c’est une grâce, c’est un bienfait, c’est même un cadeau, un présent ». Cette Incarnation n’est nullement méritée. Elle est un pur don de Dieu, indépendant des mérites des hommes. C’est l’enseignement de saint Paul : comment mériter cette Incarnation, « alors que nous étions encore pécheurs, le Christ pour nous est mort » ? C’est l’enseignement de saint Jean : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en Lui, ne périsse pas mais ait la vie éternelle ». L’amour divin est premier, il est la « cause efficiente » de l’Incarnation, la raison.

Ce don, ce « munus », qui est aussi « une charge » « une responsabilité » - il en va toujours ainsi dans les œuvres de Dieu - rend Notre Dame, évidemment bienheureuse : « beata mater ». Notre Dame confessera cette béatitude devant sa cousine Elizabeth, en sa demeure, en son Magnificat : « Mon âme glorifie le Seigneur Et mon esprit trésaille de joie (exultavit) en Dieu, mon Sauveur, Parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Voici en effet que désormais toutes les générations me diront bienheureuse. (beata). Parce qu’Il a fait en moi de grandes choses, Celui qui est puissant » (Lc 1 47-49)

C’est bien, à n’en pas douter un seul instant, l’Incarnation qui est la raison de l’exultation de joie de Notre Dame.

Et ce don lui est un bien propre. Il lui est réservé. C’est pourquoi l’Ange lui dit qu’ « elle est bénie entre toutes les femmes », car « Il s’est enfermé dans l’arche de son sein », « Ventris sub arca clausus est ». Et quel réalisme dans l’expression ! Nous avons déjà donné le sens de l’expression « clausus est ».

Mais quel est précisément ce don, ce « munus » ? C’est « le Créateur céleste qui porte le monde ». En latin c’est beaucoup plus expressif. On y peut rien, toute traduction est un affaiblissement de sens, voire une trahison ! Nous avons exactement : « supernus Artifex Mundum pugillo continens ». « Supernus Artifex ». « Artifex » : c’est l’artisan, c’est le créateur, l’auteur. Mais ce mot se décompose en « ars-facere ». Or le mot « ars » veut dire « talentueux », « ingénieux, habile ». Tel est le Créateur qui a fait les « choses d’en haut « supernus », les choses d’en haut, les choses du Ciel. « Supernus Artifex » : le créateur du Ciel. Mais celui-ci n’a pas fait seulement, avec ars et beauté – ô combien - les choses du Ciel, il porte également le monde. Il le maintient dans l’être. Il est Provident. Mais il ne faut pas oublier le petit mot : « pugillo » - « pugil - pugilis »  qui veut dire « lutteur au pugilat, combat à coup de poing, lutteur ». Ainsi ce Créateur conserve-t-il, dans la lutte, le monde. Le traducteur de cette strophe traduit « pugillo », « en sa main ». C’est une traduction plus douce, moins évocatrice et réaliste, pour ne pas dire fausse… Le genre humain, porté par la Divine Providence, n’est-il pas agité, en hostilité ouverte contre son Seigneur. Voyez l’histoire du peuple juif : un perpétuel combat avec son Dieu…Jusqu’au refus final de son Christ : « Il est venu parmi les siens et les siens ne l’ont pas reçu » et ce peuple l’a même porté devant Pilate pour qu’il soit crucifié….

Tel est Celui qui est donné à la Vierge Mère. Quel honneur pour la Vierge. C’est ce qu’a parfaitement compris Elizabeth, sa cousine lorsqu’elle confesse accueillant Marie, en sa maison : « Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? » Elle comprend tout l’honneur de cette visite et cet honneur vient de la grandeur de notre Dame qui est la Mère du Seigneur !

4ème strophe

« Beata caeli nuntio, Faecunda Sancto Spiritu, desideratus gentibus Cujus per alvum fusus est »

« Bienheureuse par le céleste message, féconde par le Saint Esprit, le désiré des nations, par ses entrailles nous a été donné »

Notre auteur insiste de nouveau sur la béatitude de notre Dame. Cette « joie » a pour raison le « céleste message » que lui porte l’Archange Gabriel, envoyé de Dieu. C’est Saint Luc qui le note : « Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville… ». Il faut retenir cette insistance de l’auteur et dire : qui vit de cette annonce angélique, ne peut pas ne pas être dans la joie et la béatitude. Qu’on se le dise !

« Féconde par l’Esprit Saint » : comment en douter après les paroles de l’Ange : « l’Esprit Saint viendra sur vous et la Vertu du Très Haut vous couvrira de son ombre, c’est pourquoi l’être saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu ». (Lc 1 35-37)

Ou mieux encore, les paroles de saint Mathieu, plus expressives : « La naissance de Jésus-Christ arriva ainsi. Marie, sa Mère étant fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu’ils eussent habité ensemble, qu’elle avait conçu par la vertu du Saint Esprit. Joseph, son mari, qui était un homme juste, ne voulant pas la diffamer, résolut de la renvoyer secrètement. Comme il était dans cette pensée, voici qu’un Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne craint point de prendre avec toi Mari, ton épouse, car ce qui est formé en elle est l’ouvrage du Saint Esprit. Et elle enfantera un Fils et tu lui donneras le nom de Jésus car il sauvera son peuple de ses péchés ». Or tout cela arriva afin que fut accompli ce qu’avait dit le Seigneur par le Prophète : « Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils et on le nommera Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous ». (Mt 1 19-23)

Ainsi Nous croyons et faisons profession de croire que Jésus-Christ, Notre Seigneur, le Fils unique de Dieu, en prenant pour nous et pour notre salut, un corps humain dans le sein d’une Vierge, n’a pas été conçu comme les autres hommes, humainement, mais par une intervention surnaturelle, par la vertu seule du Saint Esprit. De sorte que la même personne demeurant Dieu, comme elle l’était de toute éternité, est devenu homme, ce qu’elle n’était pas auparavant.

« C’est l’enseignement même du Saint Concile de Constantinople: « Jésus-Christ, dit-il, est descendu des cieux pour nous autres hommes, et pour notre salut ; Il s’est incarné dans le sein de la Vierge Marie, par le Saint-Esprit, et Il s’est fait homme ». 

C’est également l’enseignement de Saint Jean l’Évangéliste : Après avoir déclaré la nature du Verbe divin en ces termes: « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu », il termine par ceux-ci: « et le Verbe s’est fait chair, et Il a habité parmi nous ». En effet le Verbe, qui est une des Personnes divines, a pris la nature humaine d’une manière si complète, que les deux natures n’ont plus fait en Lui qu’une seule et même hypostase, une seule et même Personne. Et toutefois dans cette admirable union, chacune des deux natures a conservé ses opérations et ses propriétés, et l’illustre Pontife Saint Léon a eu raison de dire: « La gloire de la nature divine n’a point absorbé la nature humaine, et l’élévation de la nature humaine n’a rien fait perdre à la nature divine ». Tel est l’enseignement du Catéchisme du Concile Trente.

Et ce Fils Dieu, fait homme, appelé ici « le désiré des nations » (selon le livre du prophète Aggée (2 6-7) « nous a été donné par ses entrailles», « desideratus gentibus cujus per alvum fusus est » : « fusus », c’est le participe passé du verbe « fundere » qui veut dire entre autres : « mettre au monde », « per alvum » : par ses entrailles. Comme toujours, remarquons le réalisme de la pensée qui est indice de vérité!

5ème strophe

« Jesus, tibi sit gloria qui natus es de Virgine, Cum Patre et almo Spiritu In sempiterna saecula »

« Jésus, à vous soit la gloire qui êtes né de la Vierge Marie, comme au Père et au Saint Esprit dans les siècles des siècles ».

Comme toujours l’hymne se termine par un chant de gloire au Fils de la Vierge, au Père, comme au Saint Esprit.

 

2ème dimanche de carême 2017

Que faire pour obtenir le salut, la vie éternelle ?

MBCF,

Dimanche dernier, partant de l’acclamation qui ouvre le temps de Carême « Voici maintenant le jour du salut », nous avons médité sur ce salut.

Nous nous sommes posés plusieurs questions

Quel est ce salut ?

En quoi consiste-t-il ?

Quel est-il ? Quel son objet ?

Qui est-il ? Quel est celui qui l’apporte et l’accomplit ?

Que faut-il faire pour l’obtenir ?

Et nous avons répondu que « ce jour du salut » c’est le jour de la Nativité du Seigneur. Et que ce salut, tant désiré, est le Christ.

Nous avons fondé notre réponse sur les affirmations de l’Ecriture, la parole de Dieu et nous avons invoqué le témoignage des Anges le jour de la Nativité s’adressant aux bergers. Nous avons invoqué le chant de Notre Dame en son Magnificat., le chant merveilleux de Zacharie, son Benedictus que l’Eglise fait reprendre tous les jours dans le bréviaire du prêtre,  sa prière ecclésiale. Nous avons invoqué la merveilleuse prière de Siméon, le prophète.

Oui le salut, c’est le Christ.

C’est l’affirmation de saint Pierre, en son premier discours après la Pentecôte, devant le Sanhédrin. Il nous en précise l’objet. C’est la rémission de nos péchés. Oh douce consolation pour nos âmes, avons-nous dit.

Mais plus que cela ! C’est le don du ciel, c’est le don de l’éternelle gloire. C’est «  l’héritage conservé dans le ciel pour (nous) », par la puissance divine.

Mais pourquoi tant insister sur ce salut ?

Parce que ce salut,  vécu, contemplé, goûté, est pour nous une source de joie pour l’âme. Il faut y insister en un temps qui sombre dans le matérialisme et le relativisme philosophique où beaucoup sont sans joie, sans raison d’être, sans lendemain ne cherchant que satisfactions matérielles qui ne peuvent satisfaire l’âme en sa quête d’absolu. Les chrétiens ne connaissent pas ce « spleen »….tant ils sont à la recherche du Ciel, du bonheur éternel. C’est cela leur raison d’être. C’est cela qui les motive. Ils vivent dans cette perspective eschatologique. Leur regard – joyeux – est tendu vers le ciel. De même, MBCF, que l’ont reconnu les chrétiens, à Antioche, par leur charité fraternelle  -« Voyez comme ils s’aiment » ! – de même aujourd’hui, le chrétien doit être reconnu par sa joie sur le visage parce que d’abord en son âme,  car il attend, en ce jour de salut, le Seigneur qui vient. Qui vient le sauver et lui ouvre les portes du Ciel.

Nous savons que ce salut a une longue histoire, qu’il est éternel comme Dieu, qu’il commença à être divulgué avec l’histoire d’Abraham : « Je ferai de toi une grande nation », qu’il commença à être précisé avec, par,  les prophètes tout le long de l’Histoire Sainte pour être  consommé en la venue du « Fils de l’homme », NSJC, qui est le seul objet de l’Evangile prêché par les Apôtres. Oh que saint Jean est enthousiaste lorsqu’il écrit dans sa première lettre , que je dois vous rappeler alors que nous parlons du salut : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et ce que nos mains ont touché, du Verbe de vie, - car la Vie a été manifestée, et nous l'avons vue, et nous lui rendons témoignage, et nous vous annonçons la Vie éternelle, qui était dans le sein du Père et qui nous a été manifestée -  ce que nous avons vu et entendu, nous nous l'annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous, et que notre communion soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ.  Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit complète ». (I Jn 1 1-4).Nous savons aussi que ce salut apporté par le Christ Seigneur est universel, qu’il concerne tous les hommes de bonnes volonté – « Et paix aux hommes de bonne volonté » chantons-nous  dans notre Gloria in Excelsis Deo – que nul n’en est exclu que par sa propre faute. Juifs, Païens de la Gentilité, du nord au sud, de l’Orient à l’Occident, tout homme est appelé à ce salut, peut connaître ce salut qui n’est en nul autre qu’en NSJC. « Il n’y a pas de nom sous le Ciel que le nom NSJC par lequel nous puissions être sauvé » nous dit saint Pierre et saint Jean en son Evangile à cette merveilleuse parole : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout par lui a été fait, et sans lui n'a été fait rien de ce qui existe. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue ».

Ainsi les Gentils, disions-nous,  sont cohéritiers du royaume de Dieu ; ils y entrent, comme les Juifs, avec pleine égalité de droits et de privilèges ; ils sont membres du corps mystique du Christ au même titre que les autres ; ils ont part aux promesses des prophètes ; les bénédictions décernées à la postérité des patriarches les regardent aussi ; les engagements contractés par Dieu envers son peuple les concernent aussi bien que les Juifs auxquels ils paraissaient exclusivement adressés.

 

Oui, le Christ est le salut pour tous. Pour tous, il est   « l’espérance de la gloire ».

Mais que faire pour obtenir ce salut ? Pour marcher sur la voie du salut ? Nous vous disions que ce serait l’objet du sermon de  dimanche prochain. Nous y sommes. Je me dois d’une réponse.

Que faire pour obtenir ce salut ?

La question est d’importance. Il y va de ma vie, de mon éternité. Il y va du bien de mon âme qui est éternelle et qui n’aura pas d’autre incarnation. Il  y va de ma « gloire » puisque nous vous disions que le Christ est «l’espérance de la gloire ».

Oui ! Que faire pour obtenir ce salut et  finalement cette  gloire ?

On peut formuler bien différemment cette réponse. Elles vont toutes tourner autour du Christ.

Il faut recevoir dans notre cœur, dans notre vie,  le Christ, sa personne, son enseignement, son Evangile, ses mœurs, son Eglise. Il faut recevoir, vous dis-je, le Christ Seigneur dans sa qualité de Sauveur, dans sa qualité de Fils de Dieu.  Il faut le recevoir comme la fiancée attend et reçoit son fiancé. Avec amour, attention, joie, empressement, délicatesse.

Il faut s’ouvrir à sa lumière. Il faut s’ouvrir à sa vie, à sa personne.  

Ecoutez tout d’abord Dieu le Père qui se fait entendre aujourd’hui à vos oreilles dans ce récit de la Transfiguration. Que vous dit-il : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances. Ecoutez-le ». « Ipsum audite ». Voilà qui est clair. Celui qui veut connaître  le bonheur éternel doit écouter le Fils bien aimé, objet des complaisances du Père. Il doit devenir son disciple. C’est le sens même du verbe « audire » : Ecouter, être attentif à être disciple de, obéir. Voilà le témoignage de Dieu même. Et qui ne suivrez pas la parole de Dieu ? Le Dieu tout-puissant, le Dieu de vérité ? Mais ne pas suivre cette parole solennelle de Dieu, c’est équivalemment faire de Dieu un menteur. A Dieu ne plaise. Ma résolution est prise ! Je veux écouter mon Seigneur et Maître. « Audite Ipsum »

Quel plus beau commentaire pouvons nous trouver de ce passage de notre Evangile que ces phrases de Saint Jean : « Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand ; et c'est bien là le témoignage de Dieu, qui a rendu témoignage à son Fils. Celui qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage (de Dieu) en lui-même ; celui qui ne croit pas Dieu, le fait menteur, puisqu'il n'a pas cru au témoignage que Dieu a rendu à son Fils. Et voici ce témoignage, c'est que, Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils.
« Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie ». (1Jn 5  10-12) . Et Saint Jean, toujours lui, conclut ce beau passage en disant : « Je vous ai écrit ces choses, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu ».

Voilà, MBCF, une belle  réponse. Pour avoir la vie éternelle, confessons et de bouche et de cœur que le Salut est en le Christ, le Fils de Dieu. « Audite Ipsum », c’est-à-dire faites de son enseignement, votre chartre. Faites de sa charité contemplée, votre charité. Faites de ses commandements, votre loi. C’est-à-dire aimer Dieu, pratiquer ses commandements « car c’est aimer Dieu, nous dit encore saint Jean, que de garder  ses commandements ». Aimez Dieu. Voilà le premier commandement. Aimez son prochain. Voilà un commandement identique au premier. N’invoquez pas en vain le nom du Seigneur. Voilà le second. Souvenez-vous de sanctifier le jour du Seigneur. N’accomplissez pas en ce jour les œuvres serviles qui mettent le corps en action mais pratiquez après l’adoration de Dieu, les œuvres de l’esprit, la lecture, les œuvres spirituelles, l’amitié familiale et sociale. « Honorez père et mère afin de vivre longuement ».  C’est-à-dire cultivez la piété familiale, gardez l’honneur de la famille, de son nom, respectez  son enseignement, les conseils des parents, cultivez le culte des anciens. Voilà pour le quatrième commandement. Ne tuez point. Point d’avortement. Point de pilule mais comme protection, la vertu. « Vous ne serez point adultère ». Voilà pour le sixième. C’est ce que nous rappelle aujourd’hui saint Paul. Point de vol, point de rapine, mais restitution si besoin est. Accomplissez les œuvres de miséricorde. « C’en est assez », comme disait le curé de Cucugniant,  pour le 7ème commandement. Point de faux témoignage contre le prochain. Point de médisance et de calomnie. C’est du vol. C’est voler le bien du prochain, sa réputation à laquelle il a droit. Point de mensonge. C’est odieux. Le vrai est une vertu sociale. La plus belle, peut-être, des vertus. Point de convoitise de la maison du prochain, ni de sa femme ni de son serviteur ni de sa servante, ni de son bœuf, ni de son âne ni rien de ce qui lui appartient. En un  mot, point de concupiscence de toutes sortes.

Voilà notre foi. Voilà nos commandements. Voilà notre charité. Tout cela, pratiqué, nous procure la vie éternelle. « Audite Ipsum » : voilà comment posséder le salut. J’ai ainsi répondu à ma question : « Quoi faire pour posséder la vie éternelle » ?

Mais c’était la question qu’on posa un jour au Seigneur. Un jeune, je crois. Et que répondit Jésus : « observe les commandements » ; Souvenez-vous : « Et voici que quelqu'un, l'abordant, dit : " Maître, que dois-je faire de bon pour  avoir la vie éternelle? " Il lui dit : " Pourquoi m'interroges-tu sur (ce qui est) bon? Un seul est le bon. Que si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. " Il lui dit : " Lesquels? " Jésus dit : " C'est : Tu ne tueras point; tu ne  commettras point l'adultère; tu ne déroberas point; tu ne porteras point de faux
témoignage; honore ton père et ta mère, et  tu aimeras ton proche comme toi-même. "
Nous sommes dans le mille. Ma réponse tombe dans le mille

Vous voulez une autre preuve que ma réponse est exacte? Je vous conduirai à la dernière Cène du Seigneur. Je vous rappellerai son discours, son dernier discours, qui est comme son testament. Qu’a-t-il dit, entre mille belles choses ? Il a dit  ces paroles : « Ayant ainsi parlé, Jésus leva les yeux au ciel et dit : "Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie. Puisque vous lui avez donné autorité sur toute chair, afin qu'à tous ceux que vous lui avez donnés, il donne la vie éternelle. Or, la vie éternelle, c'est qu'ils vous connaissent, vous, le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ ».Mais je voudrais invoquer, pour ceux qui liront ce sermon, le beau témoignage de Saint Jean dans son Evangile, dans son prologue: « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout par lui a été fait, et sans lui n'a été fait rien de ce qui existe. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue.

Le témoignage de Jean le Baptiste
Il y eut un homme, envoyé de Dieu; son nom était Jean. Celui-ci vint en témoignage, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui: non que celui-ci fût la lumière, mais il avait à rendre témoignage à la lumière.
La lumière, la vraie, celle qui éclaire tout homme, venait dans le monde. Il (le Verbe) était dans le monde, et le monde par lui a été fait, et le monde ne l'a pas connu. Il vint chez lui, et les siens ne l'ont pas reçu. Mais quant à tous ceux qui l'ont reçu, Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, Qui non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu sont nés. Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous, (et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle qu'un fils unique tient de son Père) tout plein de grâce et de vérité.
Jean lui rend témoignage, et s'écrie en ces termes: "Voici celui dont je disais: Celui qui vient après moi, est passé devant moi, parce qu'il était avant moi." et c'est de sa plénitude, que nous avons tous reçu, et grâce sur grâce; parce que la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. Dieu, personne ne le vit jamais: le Fils unique, qui est dans le sein du Père c'est lui qui l'a fait connaître.
 Et voici le témoignage que rendit Jean, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des  lévites pour lui demander: "Qui êtes-vous?" Il déclara, et ne le nia point; il déclara: "Je ne suis point le Christ." Et ils lui demandèrent: "Quoi donc! Etes-vous Elie?" Il dit " Je ne le suis point" " Etes-vous le prophète?" Il répondit " Non" ;"Qui êtes-vous donc", lui dirent-ils, afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. "Que dites-vous de vous-même?"

Il répondit: "Je suis la voix de celui qui crie dans le désert: Aplanissez le chemin du Seigneur, comme l'a dit le prophète Isaïe."
 Or ceux qu'on lui avait envoyés étaient des Pharisiens. Et ils l'interrogèrent, et lui dirent: "Pourquoi donc baptisez-vous, si vous n'êtes ni le Christ, ni Elie, ni le Prophète?"
 Jean leur répondit: "Moi je baptise dans l'eau; mais au milieu de vous il y a quelqu'un que vous ne connaissez pas, C'est celui qui vient après moi; je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure."

Cela se passait à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait.
 

Le lendemain, Jean vit Jésus qui venait vers lui, et il dit: "Voici l'agneau de Dieu, voici celui qui ôte le  péché du monde. C'est de lui que j'ai dit: un homme vient après moi, qui est passé devant moi, parce qu'il était avant moi." Et moi, je ne le connaissais pas, mais c'est afin qu'il fût manifesté à Israël que je suis venu baptiser dans l'eau."

Et Jean rendit témoignage en disant: "J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe, et il s'est  reposé sur lui. Et moi je ne le connaissais pas; mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit: Celui sur qui tu  verras l'Esprit descendre et se reposer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit-Saint. Et moi j'ai vu et j'ai rendu témoignage que celui-là est le Fils de Dieu."

Le lendemain , Jean se trouvait encore là, avec deux de ses disciples. Et ayant regardé Jésus qui passait, il dit: "Voici l'Agneau de Dieu." Les deux disciples l'entendirent parler, et ils suivirent Jésus. Jésus s'étant retourné, et voyant qu'ils le suivaient, leur dit: "Que cherchez-vous?" Ils lui répondirent: "Rabbi (ce qui signifie Maître), où demeurez-vous?
Il leur dit: "Venez et vous verrez." Ils allèrent et virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. Or c'était environ la dixième heure. Or, André, le frère de Simon-Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu la parole de Jean, et qui avaient suivi Jésus.
Il rencontra d'abord son frère Simon, et lui dit: "Nous avons trouvé le Messie (ce qui se traduit Christ)." Et il l'amena à Jésus. Jésus, l'ayant regardé dit: "Toi, tu es Simon, fils de Jean; tu seras appelé Céphas (ce qui se traduit Pierre)."
 

Le jour suivant, Jésus résolut d'aller en Galilée. Et il rencontra Philippe. Et Jésus lui dit:"Suis-moi." Philippe était de Bethsaïde, la ville d'André et de Pierre. Philippe rencontra Nathanaël et lui dit: "Nous avons trouvé celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les Prophètes: c'est Jésus, fils de Joseph de Nazareth." Nathanaël lui répondit: " Peut-il sortir de Nazareth quelque chose de bon?" Philippe lui dit: "Viens et  vois." Jésus vit venir vers lui Nathanaël, et dit en parlant de lui: "Voici vraiment un Israélite, en qui il n'y a nul  artifice."
Nathanaël lui dit: "D'où me connaissez-vous?" Jésus repartit et lui dit: "Avant que Philippe t'appelât, lorsque tu étais sous le figuier, je t'ai vu." Nathanaël lui répondit: "Rabbi, vous êtes le Fils de Dieu, vous êtes le Roi d'Israël." Jésus lui repartit: "Parce que je t'ai dit: Je t'ai vu sous le figuier, tu crois! Tu verras de plus grandes choses que celle-là." Et il ajouta: "En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez désormais le ciel ouvert, et les anges de Dieu  montant et descendant sur le Fils de l'homme."

Comment mieux  illustrer, expliquer ma réponse à la question : « Que faire pour posséder le salut, la vie éternelle » que ce beau passage de saint Jean.

Les Apôtres trouvèrent le Christ, le suivirent et se reposèrent en lui.  Cela leur a suffi !

Prédication pour le dimanche de la Sexagésime 2017

La sainte Église nous présente dans l’office de ce dimanche l’histoire de Noé. Elle va même nous en parlé toute la semaine. Et toutes les lectures de ce dimanche de la Sexagésime,  va illustrer cette histoire.

Dieu voyant que la malice des hommes était grande sur la terre, dit à Noë : « J’exterminerai l’homme que j’ai créé. Fais-toi une arche de bois résineux – ce bois symbolise déjà le bois de la Croix.  Ce bois sera sauveur, comme l’arche de bois résineux le fut pour le genre humain au temps du déluge.  J’établirai mon alliance avec toi et tu entreras dans l’arche » Et la pluie tomba sur la terre pendant quarante jours et quarante nuit. L’arche flottait sur les eaux. Tous les hommes « furent emportés comme des fétus de paille dans le tourbillon des eaux ». Et il ne resta que Noë et ceux qui étaient avec lui dans l’arche.

Dieu se souvint de Noë et la pluie cessa. Noë ouvrit alors la fenêtre de l’arche et il lâcha une colombe qui revint avec une branche d’olivier toute fraiche. Et Noë comprit que les eaux ne couvraient plus la terre. Et Dieu lui dit : « Sors de l’arche, et multiples-toi sur la terre. Et Noë éleva un autel et il offrit un sacrifice d’agréable odeur à Dieu. Et l’arc en ciel apparut comme un signe de réconciliation entre Dieu et les hommes.

Ce récit, MBCF, se rapporte évidemment au mystère pascal que nous fêterons au terme de notre Carême.

Voyons cela de près.

C’est le bois  de l’arche de Noë qui sauva le genre humain et c’est celui de la Croix, - je vous l’ai dit plus haut pour vous permettre de suivre plus facilement le  cheminement  de ma pensée - qui sauve à son tour le monde. L’hymne de la Passion nous fait chanter en effet : « seule, dit l’Eglise en parlant de la Croix, tu as été trouvé digne d’être pour le monde naufragé, l’arche qui mène au port ». La porte ouverte sur le côté de l’arche est une figure du mystère de la rédemption. En effet sur la Croix Jésus eut bien le côté ouvert et de ce côté ouvert, porte de vie,  sortirent les sacrements qui donnent la vraie vie surnaturelle aux âmes. Le sang et l’eau qui en sortirent sont les symboles de l’Eucharistie et du baptême, symbole de vie. « celui qui mange mon corps et boit mon sang a la vie éternelle » ; « celui qui renait de l’eau et de l’esprit, a la vie éternelle ».  La porte ouverte du côté de l’arche est donc bien un symbole de la rédemption opérée par le Christ… Et la branche d’olivier que ramène la colombe montre la paix, la nouvelle alliance que Dieu veut conclure avec son peuple.  « Une colombe vint annoncer la paix rendue à la terre par le rameau d’olivier, symbole de la Nouvelle alliance que Dieu a conclu avec les hommes en le sang de Son Fils Notre Seigneur.  « Vous avez voulu, dit l’Eglise qu’une colombe annonçât par une branche d’olivier la paix à la terre ». Et cette paix n’est-elle pas professée lors de la célébration de la Messe : « Pax Domini sit semper vobiscum ». Oui ! Ce sang rédempteur scelle la réconciliation des hommes avec Dieu. et nous l’affirmons dans la consécration du vin au sang du Christ : Novi et aeterni testamenti »

Noë, vous le voyez par l’histoire elle-même, ici rappelée est le père de toute une nouvelle postérité. C’est le rôle prodigieux que Dieu lui a donné. Il est le symbole de la vie renaissante. Il est a noter que l’arche est appelé par les Pères (saint Ambroise) « seminarium » littéralement l’endroit qui contient la semence de vie qui doit remplir le monde et lui redonner vie. Ce n’est pas pour rien que nos maisons de formations sacerdotales sont appelés « sémianires ». Là, les séminaristes apprennent la « parole du Chris pour aller la prêcher et ré »générer le genre humain. Pas moins. Mais cela ! On comprend aisément  aussi que Noë soit la plus belle figure du Christ dans sa fonction rédemptrice.  De fait le Christ est le nouvel Adam qui peupla le monde d’une génération nouvelle d’âmes croyantes et fidèles à Dieu grâce à  sa parole. Et cette génération nouvelle se fait par la parole, le Verbe, par la prédication. Il prêcha le Royaume dans toute la Palestine. « Le royaume de Dieu est annoncé aux pauvres, dira-t-il  aux disciples de Jean-Baptiste, envoyés auprès de lui pour savoir s’il était bien le Messie.

Et c’est pourquoi nous avons ce choix de l’Epitre qui nous rappelle le travail missionnaire de saint Paul. C’est par sa parole, semence de Vie, que le royaume de Dieu s’est étendue de par le bassin méditerranéen. Et «il nous apprend à quel prix les hommes apostoliques ont semé la divine Parole dans les champs arides de la gentilité, et opéré la régénération chrétienne » (Dom Guéranger).

Et c’est pourquoi nous avons aussi le choix de cet Evangile sur la semence, parole de Dieu qui tombe en terres variées, dans des cœurs différemment disposés. Selon ce cœur, selon cette terre, cette semence de vie peut « porter cent pour un ». Cette génération nouvelle, oui !  c’est la Parole de Dieu, semence de vie, qui la suscite. « C’est cette parole  qui produit ces heureux enfants dont parle le Disciple bien-aimé, « qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu même. » Efforçons-nous d’entrer dans cette famille, et, si nous en sommes déjà membres, gardons chèrement notre bonheur. Il s’agit, dans ces jours, d’échapper aux flots du déluge, de chercher un abri dans l’arche du salut ; il s’agit de devenir cette bonne terre dans laquelle la semence fructifie au centuple. Songeons à fuir la colère à venir, pour ne pas périr avec les pécheurs, et montrons-nous avides de la Parole de Dieu qui éclaire et convertit les âmes » (Dom Guéranger).

Le Christ Seigneur donna lui-même le sens de cette parabole. Nulle explication est nécessaire. Mais  décidons  de « recevoir en bonne terre la semence céleste qui tombe sur nous. Combien de fois jusqu’ici ne l’avons-nous pas laissée fouler aux passants, ou enlever par les oiseaux du ciel ? Combien de fois ne s’est-elle pas desséchée sur le rocher de notre cœur, ou n’a-t-elle pas été étouffée par de funestes épines ? Nous écoutions la Parole ; elle avait pour nous un certain charme qui nous rassurait. Souvent même nous la reçûmes avec joie et empressement ; mais, si quelquefois elle germait en nous, sa croissance était bientôt arrêtée. Désormais, il nous faut produire et fructifier ; et telle est la vigueur de la semence qui nous est confiée, que le divin Semeur en attend cent pour un. Si la terre de notre cœur est bonne, si nous avons soin de la préparer en mettant à profit les secours que nous offre la sainte Église, la moisson sera abondante au jour où le Seigneur, s’échappant vainqueur de son sépulcre, viendra associer ses fidèles croyants aux splendeurs de sa Résurrection » (Dom Guéranger).

Ranimés par cette espérance, et pleins de confiance en celui qui daigne ensemencer de nouveau une terre si longtemps rebelle à ses soins, chantons avec l’Église, dans l’Offertoire, ces belles paroles du Roi-Prophète par lesquelles l’Église demande pour nous la fermeté et la persévérance : Affermissez mes pas dans vos sentiers, afin que mes pieds ne soient pas chancelants ; inclinez votre oreille, et exaucez mes paroles. Montrez vos miséricordes, ô vous, Seigneur ! qui sauvez ceux qui espèrent en vous ».

3ème dimanche de Carême 2017

Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent

MBCF,

En ce Carême 2017, de dimanche en dimanche, nous essayons de scruter, du regard de la foi, le plan divin, son plan de salut.

Nous savons que ce plan salvifique se concentre essentiellement en son Fils unique, NSJC. Il est notre Sauveur. « Un Sauveur vous est né », chantent les Anges lors de la Nativité.

C’est le Sauveur, le Christ Seigneur, que prend en ses mains le prophète Siméon. Il l’affirme sous l’inspiration du Saint Esprit, dans son si beau chant, son « Nunc dimittis » : « Mes yeux ont vu votre salut que vous avez préparé devant tous les peuples ».

C’est ce qu’annonce aussi Notre Dame, dans son Magnificat : « Mon âme glorifie le Seigneur et mon esprit trésaille de joie en Dieu, mon Sauveur ».

C’est ce qui fit l’objet de la première prédication chrétienne, face au monde, celle de saint Pierre : « Ce Jésus est la pierre rejetée par vous de l’édifice et qui est devenue la pierre angulaire. Et le salut n’est en aucun autre».

Oui ! disions nous, le salut, c’est le Christ.

Nous l’acclamons. Nous le croyons. Nous le confessons.

Cette confession fait notre joie. Et cette joie est fondée sur l’espérance de la vie glorieuse. Elle nourrit notre charité. La confession du salut en le Christ fera notre gloire et notre béatitude, raison de notre plus grand amour.

Ce fut l’objet de notre première prédication de Carême.

La seconde prédication porta, il vous en souvient, sur la manière de posséder ce salut : « que faire pour posséder ce salut » ? Et nous avions conclu notre prédication sur la question angoissante de ce jeune homme abordant NSJC : « Que dois-je faire pour posséder la vie éternelle ». La réponse donnée par NSJC était claire : « pratique les commandements ». Je m’étais permis, avec beaucoup d’audace, certainement, comme si vous ne les connaissiez pas, de vous rappeler ces 10 commandements et d’ajouter un bref mot d’explication.

La réponse était générale, globale. C’était l’objet de notre deuxième prédication de Carême.

Ici, dans ce 3ème dimanche de Carême, NSJC, dans son Evangile, va affiner un peu sa réponse. Et saint Paul, de son côté, va l’expliciter encore.

Mais concentrons d’abord notre attention sur l’Evangile du Christ, non pas tant sur la discussion concernant les démons, mais surtout sur la finale, la conclusion: « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent », « Qui audiunt verbum Dei et custodiunt illud ».

Il guérit une personne possédée d’un démon muet. Au lieu d’être dans l’admiration, du moins dans l’étonnement, les responsables du Sanhédrin restent dans la contestation. Le peuple, lui, est admiratif et du milieu de la foule une femme élève la voix et lui dit: « Heureux le sein qui vous a porté et les mamelles qui vous ont allaité ». Jésus, du tac au tac, répond : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent », « audiunt verbum Dei et custodiunt illud ».

Voilà une belle réponse. Il faut l’approfondir.

Ce fut la même affirmation ou presque que Jésus donna à cet homme qui lui disait un jour que sa mère, ses frères, ses cousins, son « parentage », était dehors et voulaient lui parler. Saint Luc nous le raconte en son évangile : «  La mère et les frères de Jésus vinrent le trouver, mais ils ne purent pénétrer jusqu’à lui à cause de la foule. On vint lui dire : « Votre mère et vos frères sont là dehors et ils désirent vous voir. Il leur répondit : Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu – audiunt verbum Dei et faciunt -et la mettent en pratique ».

C’est la même pensée. Il nous faut entendre la parole de Dieu et la garder « custodire » ou la pratiquer « facere ». Et si nous  écoutons cette parole de Dieu, si nous la gardons ou la pratiquons, NSJC nous promet la béatitude. On peut le croire. Il est la Parole de vérité. Voilà qui est clair : « écouter et faire, accomplir la parole de Dieu, voilà la condition et la cause de la béatitude. »

Ce fut l’attitude de Notre Dame toute sa vie. C’est cette attitude que NSJC ici nous donne en exemple. Ce qui caractérise Notre Dame, c’est précisément qu’elle entendit la parole de Dieu et la fit, la pratiqua, la garda.

Elle entendit la parole de Dieu, la parole de l’ange. Elle ne fut ni sourde, ni indifférente, mais au contraire attentive. Elle scruta les paroles divines. Elle réalisa de fait tous les sens du verbe « audire ». Ce verbe veut dire « entendre », « écouter », « être attentif  à », « être disciple de », « juger », « suivre » un enseignement alors qu’on est disciple, « exaucer », « approuver », « accorder », « être docile à », « écouter », « obéir ». Il faut se souvenir de la merveilleuse scène de l’Annonciation : l’ange étant entré où la Vierge était, lui dit : « Je vous salue pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes ». Mais « Marie fut troublée de ces paroles ». Ce trouble marque son attention, l’attention qu’elle porta à la parole de l’ange. « Ne craigniez point…Voici que vous concevrez en votre sein et vous enfanterez un fils et vous lui donnerez le nom de Jésus… » Marie écoute, scrute la pensée de l’ange…Mais comment cela se fera-t-il puisque je désire garder la virginité. L’ange lui dit : « la vertu du Très Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu ». Alors sonne sa réponse docile : elle donne son consentement : « « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole ». Elle est docile à la parole de l’ange. Après l’avoir écouté, elle obéit promptement.

Telle doit être notre attitude devant la parole de Dieu. D’abord l’écouter, l’entendre.

Mais quelle est-elle ? Où est-elle ?

Cette parole de Dieu nous a été donnée par le Christ. Elle a été donnée aux disciples, aux Apôtres. Tous ont fondé des églises, les églises apostoliques. Ils leur ont laissé leur enseignement qu’ils ont reçu du Christ, et le Christ de Dieu, Et c’est ainsi que cette parole de Dieu confiée aux églises fondées par les Apôtres, je me dois de l’entendre, de l’écouter, de la servir, d’y être fidèle, être fidèle à l’enseignement des églises apostoliques et principalement à l’église romaine, celle qui est fondée sur Pierre, puisque Pierre est l’Apôtre sur lequel Jésus a voulu fonder son Eglise. «  Tu es Pierre et sur cette Pierre je bâtirai mon Eglise ». C’est pourquoi je dois « écouter », « entendre » « comprendre », d’abord l’enseignement de ces églises. « Entendre » l’enseignement apostolique, la tradition apostolique. Où trouver la vérité de Dieu sinon dans l’enseignement du Christ Seigneur. Mais où trouver l’enseignement du Christ Sauveur, sinon en ceux à qui le Seigneur l’a révélé. Mais à qui l’a-t-il révélé sinon à ses disciples. Je pose donc comme principe que je dois recevoir, entendre, écouter, être docile à la vérité apostolique, au Credo de Pierre, résumé dans le Credo de Nicée. C’est là que je trouve nécessairement, que j’entends la vérité apostolique qui est la vérité du Christ qui la vérité de Dieu.

« Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » ou « qui la font ». C’est ce que fit Notre Dame. C’est ce que fit Saint Joseph, toujours. Lui aussi, notre modèle, il accomplit tous les sens du verbe « custodire ». Ce mot veut dire : « garder », « prendre garde à », « veiller à », « observer », « se conformer à », « être fidèle à ».

Si j’observe les actes qu’il accomplit et qui me sont rapportés par l’Evangile de saint Mathieu, je vois qu’il en est bien ainsi.

Comme il voulait éloigner discrètement Notre Dame lors qu’il vit qu’elle était enceinte, comme il était dans ces pensées, l’ange lui apparut en songe et lui dit : « ne crains point de prendre avec toi Marie ton épouse, car ce qui est formé en elle est l’ouvrage du Saint Esprit. Et elle enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jésus ; car il sauvera son peuple de ses péchés…Réveillé de son sommeil, Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait commandé : il prit avec lui Marie son épouse », ne la connut pas…et lorsque l’enfant naquit, « il lui donna le nom de Jésus ». « Il fit ce que l’ange lui avait commandé » - « fecit sicut praecepit ei angelus Domini » -. Il n’y a pas de velléitaire dans la maison du Seigneur.

Après la venue et l’adoration des mages et leur départ, voilà que de nouveau l’ange du Seigneur apparut à Joseph, et toujours dans son sommeil, lui dit : « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, fuis en Egypte et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse ; car Hérode va chercher l’enfant pour le faire périr ». « Joseph se leva et la nuit même, prenant l’enfant avec sa mère, il se retira en Egypte ». Il observe la parole de l’ange. Il s’y conforme, il y est fidèle. Il peut ainsi garder le trésor divin, le prendre en garde,  veiller sur lui. Il est le « custos sedule Christi ». Mais une troisième fois, s’observe sa fidélité à la mort d’Hérode. L’ange du Seigneur l’en avertit et lui dit qu’il peut retourner « en terre d’Israël », ce qu’il fit.

Voilà ce que nous révèle l’Ecriture Sainte sur saint Joseph, sa garde de la parole de Dieu et son service.

Soyez donc les imitateurs de Notre Dame, soyez donc les imitateurs de saint Joseph dans l’audition et la garde de la parole de Dieu et de sa sainte volonté.

C’est ce que nous dit solennellement saint Paul. Mais plus encore, il ajoute un degré encore : « Soyez les imitateurs de Dieu » et « marchez dans l’amour, comme le Christ qui s’est livré lui-même pour nous à Dieu comme une oblation et un sacrifice d’agréable odeur ».

C’est par amour en effet pour son Père et pour nous que Notre Seigneur a accompli, a réalisé la volonté salvifique de Dieu le Père. « Je viens O Dieu ! faire votre volonté ». Tel est le cri que Notre Seigneur prononça en entrant dans le monde. Tel est ce qu’il dit au jardin de Gethsémani. « Que votre volonté soit faite » : « Non ma volonté mais la votre ». C’est dans la plus parfaite obéissance au commandement de son Père que Notre Seigneur Jésus-Christ accomplit son sacrifice et réalisa le plan salvifique de Dieu.

Ainsi celui qui accomplit la volonté de Dieu, celui qui vit selon ses commandements, connaît la béatitude, nous l’avons dit plus haut. Celui qui ne l’accomplit pas « n’a pas d’héritage dans le royaume du Christ et de Dieu », C’est ce que nous dit en conclusion saint Paul. Imitons la Vierge Marie, imitons saint Joseph, imitons NSJC dans l’audition et la garde de la volonté de Dieu pour connaître, un jour, la béatitude, ici et dans l’au-delà.

Dimanche de la Quinquagésime 2017

En ce dimanche de la Quinquagésime, l’Eglise nous fait lire le texte où Jésus annonce à ses disciples, à l’écart, sa Passion prochaine : « Ensuite Jésus prit à part les Douze, et leur dit : " Voici que nous montons à Jérusalem, et que va s'accomplir tout ce que les prophètes ont écrit du Fils de l'homme. Il sera livré aux Gentils, et moqué, et injurié, et couvert de crachats ; et après l'avoir flagellé, on le mettra à mort et il ressuscitera le troisième jour. " Mais ils ne comprirent rien à cela ; c'était pour eux un langage caché, dont ils ne saisissaient pas le sens ». (Lc 18 31-34). Ils attendaient encore un Messie de Gloire qui délivrerait la Nation occupée…
Commentons cette Passion du Christ annoncée en utilisant le commentaire que j’ai fait sur l’Hymne des Vêpres de la fête des 7 douleurs de Notre Dame : «  Iam toto subitus vesper est polo », « Que l’étoile du soir disparaisse entièrement du ciel…. »

Mon travail, qui me passionne, approche de la fin…et si vous le permettez, j’aimerai vous le faire goûter… un peu. Je vous assure que mes journées se passent dans une vraie contemplation : Cette hymne est  une merveilleuse contemplation de la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ, de ses souffrances et de celles qu’a connues sa Mère, fidèle, immobile, au pied de la Croix. Voyez !

Ière strophe.

Iam toto subitus vesper est polo, Et sol attonitum praecipitet diem, Dum saevae recolo ludibrium necis, Divinamque catastrophem,

« Que l’étoile du soir disparaisse entièrement du ciel, que le soleil entraine avec lui le jour foudroyé, tandis que je célèbre la dérision de l’horrible meurtre et l’écroulement d’un Dieu »

Il y a dans cette strophe un ordre de l’auteur : « Que disparaisse l’étoile du soir…que le soleil entraine avec lui le jour foudroyé ». Ce sont des ordres solennels aux astres célestes, des commandements étonnants. Mais qu’elle en est la raison ? C’est qu’e l’auteur va contempler le déroulement de la Rédemption aux événements très cruels, cruautés qui ont de quoi choquer, même les puissances célestes, ne sont-elles pas elles-aussi, créatures de Dieu. Cette injonction à l’adresse des  puissances célestes : « Que l’étoile du soir disparaisse entièrement du ciel, que le soleil entraine avec lui le jour foudroyé » exprime l’émotion de l’âme pieuse de notre auteur devant la Croix. Ces créatures de Dieu, qui sont la manifestation de  sa toute-puissance, ne peuvent voir cette scène terrible : d’un Dieu terrassé, humilié. Elles doivent s’éloigner comme on éloigne un enfant d’un spectacle horrible…Et  cette remarque s’inspire, du reste, du récit évangélique lui-même. Il y eut précisément un obscurcissement du ciel au moment de la crucifixion du Dieu de Majesté, comme si le soleil s’était retiré ne pouvant souffrir un tel spectacle. Les trois synoptiques sont formels. Saint Luc, comme les deux autres, note bien : « Il était environ la sixième heure, quand des ténèbres couvrirent toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Le soleil s’obscurcit…» (Lc 23 44 45)

Cette remarque de l’Evangéliste n’aurait-elle pas influencé notre auteur ? C’est plus que probable !

Le texte latin fait parfaitement ressortir ce sentiment d’horreur que veut exprimer l’auteur de cette hymne : « que le soleil entraine avec lui le jour foudroyé », « Sol attonitum  praecipet diem ». « Attonitus » est un adjectif  très fort ; il veut dire frappé de stupeur, stupéfait, confondu. C’est l’accusatif, il s’accorde avec « diem ». Ce jour est frappé d’étonnement devant le spectacle de la Croix. Que le soleil et donc la clarté du jour,  se retirent  pour ne pas voir ce spectacle affreux, d’un Dieu humilié, « écroulé »!

Et la description de la Rédemption est exprimée en terme très fort : « tandis que je célèbre la dérision de l’horrible meurtre et l’écroulement d’un Dieu »

Cette Rédemption ne fut rien d’autre qu’une mort. L’auteur utilise le mot « nex, necis » et non pas simplement «  mors », car elle fut « horrible », mieux « féroce, cruel ». C’est le sens du mot latin « saevus ». Un autre qualificatif est donné à cette Passion du Christ. Elle fut « ludibrius ».Elle  fut une vraie « dérision ». « Ludibrius », en latin, veut dire « risée, le jouet, objet de risée. » Ce mot vient de « ludus » qui veut dire : « jeu, amusement, divertissement ». Mais ne fut-ce pas le comportement d’Hérode face au Christ ; ne se moqua-t-il pas de Lui ?  C’est expressément dit dans saint Luc : « Hérode eut une grand joie de voir Jésus …mais avec ses gardes, il le traita avec mépris ; après s’être moqué de lui, et l’avoir revêtu d’une robe éclatante, il le renvoya à Pilate » (Lc 23 8 11). Saint Luc utilise le même verbe : « il-ludere ». Voyez comme l’auteur de cette hymne a médité les Ecritures. Cette mort ne fut rien moins que l’ « écroulement d’un Dieu » « catastrophem divinum ». Ce qui justifie  parfaitement le premier verset de cette strophe : « Que l’étoile du soir disparaisse entièrement du ciel, que le soleil entraîne avec lui le jour foudroyé ». Ce spectacle est intolérable à voir. L’auteur a du cœur.

Il va, du reste, contempler maintenant : la Mère et l’Enfant, en cette Rédemption.

 

2ème strophe

Spectatrix aderas supplicio, Parens, Malis uda, gerens cor adamantinum ; Natus funerea pendulus in Cruce Altos dum gemitus dabat.

« Vous étiez là, ô Mère, assistant au supplice, submergé par le malheur en gardant un cœur inébranlable, tandis que votre enfant, pendu à la Croix meurtrière, poussait de grands cris »

C’est tout simplement sublime !

La strophe commence par le mot « spectator ». Il est mis en premier, au début de la phrase. Elle est comme seule. Elle est spectatrice, observatrice de ce  supplice. Elle est là. « aderas » qui vient de « ad esse », elle est là « spectatrice ». Elle est présente. C’est le sens du verbe « adesse ». Elle n’a nullement fui, comme les disciples. Elle est auprès de son Fils. Elle est Mère, « Parens », une Mère fidèle, toute absorbée dans la contemplation de la scène violente de la Passion de son Fils.

L’auteur va la décrire dans son « malheur ». Il la voit comme « Malis uda », On traduit ici « submergée par le malheur » Le latin est bien plus expressif. Il la voit « mouillée, trempée, baignée » de larmes par ce mal qui touche son Fils, mais loin d’être effondrée. Elle est : « gerens cor adamantinum ». « Elle garde un  cœur fort ». « Adamantinus » veut dire « dur comme le fer, qu’on ne peut briser ». Ce verset fait écho à notre « Stabat Mater dolorosa ». Et le verbe « stare » exprime précisément une attitude ferme, un peu comme le soldat au garde à vous.

«Elle est ferme », alors que son Fils,  - « c’est le sens du mot « Natus » - est « funerea pendulus in Cruce », « est pendu à la Croix cruelle », « funerea ». Là aussi, notre auteur attribue des sentiments à  la Croix : elle est un instrument « cruel ». Il est non seulement pendu à la croix cruelle, mais il pousse des grands cris. « Altos dum gemitus dabat ». « Altus »  veut dire «  haut, élevé ». C’est bien faire, là aussi, écho à l’Evangile qui retient le cri ultime du Christ en Croix « magna voce »: « Le soleil s’obscurcit…Et Jésus s’écria d’une voix forte : Père je remets mon esprit entre vos mains » (Lc 23 47) ; « E clamans voce magna, Jesus ait : in manus tua commendo spiritum meum ».

Cette attitude de fermeté dans la douleur est d’autant plus  admirable que l’objet de sa douleur, Son Fils, « Natus », loin d’être absent de son regard, est là, devant elle, sous ses yeux, « ante oculos »  suspendu sur la Croix  souffrant de combien de douleurs ! Elle est spectatrice !

Ces douleurs feront l’objet de la troisième strophe.

3ème strophe

Pendens ante oculos natus, atrocibus Sectus verberibus, Natus hiantibus Fossus vulneribus, quot penetrantibus Te confixit aculeis !

« Votre Fils suspendu devant vous, déchiré par des coups cruels, votre Fils percé de plaies béantes, ô de quels traits acérés vous a-t-il transpercé ».

« Il est déchiré par des coups cruels », « atrocibus sectus verberibus ». « Atrocibus » de « atrox –ocis » qui veut dire : « atroce, cruel, terrible, dur ». Et de fait, les coups que reçut Notre Seigneur dans  sa Passion, et particulièrement dans sa flagellation et sa crucifixion, méritent bien ce qualificatif : d’atroces, de cruels…

Et l’auteur revient sur la qualité de la victime, sous ses yeux : c’est son Fils, « natus » - ce n’est pas un quidam,- c’est son Fils qui « est percés de plaies béantes » « hiantibus fossus vulneribus », « percé de plaies grandes ouvertes ».

« Fossus » est le participe passé de « fodere » qui décrit bien l’atrocité des plaies.  Il veut dire : « creuser au-dedans, percer, piquer, déchirer ». Ainsi de Notre Seigneur en sa Passion ! La flagellation a déchiré tout son corps, les épines du couronnement  ont  pénétré douloureusement le cuir chevelu. Ne parlons pas des plaies de ses mains,  de ses pieds : les clous ont creusés profondément tous ses membres.

On comprend qu’un tel spectacle puisse déchirer le cœur d’une mère par leur atrocité. C’est ce que médite maintenant notre auteur : « ô de quel traits acérés vous a-t-il transpercée » ; « Quot penetrantibus Te confixit aculeis ». « Aculeus » c’est « l’aiguillon », c’est « la pointe » qui ne reste pas seulement à la surface, mais qui pénètre  profondément. « Confixit » de « configere » qui veut dire « percer, clouer ». Et l’auteur précise même – pour que l’on ne se fasse pas d’illusion- que ces aiguillions ont profondément pénétrés dans la victime.

Mais quelle est, cette fois, la victime, c’est  la Mère : « quot penetrantibus Te confixit aculeis ». L’auteur rappelle ici la prophétie du prophète Siméon : « Un glaive transpercera votre âme » (Lc 2 35). L’annonce s’accomplit ici même, au pied de la Croix. Les souffrances du Christ, son Fils, sont raison de ce glaive annoncé par Siméon et aujourd’hui réalisé. Quelles étaient mystérieuses les paroles de Siméon ! Aujourd’hui elles trouvent toute leur explication !

Et notre auteur poursuit la méditation de la Passion dans une strophe au style très nerveux comprenant une série de mots brefs, qui en est un beau résumé, une description sublime. Voyez :

4ème strophe.

Eheu ! Sputa, alapae, verbera, vulnera, clavi, fel, alaö, spongia, lancea, Sitis, spina, cruor, quam varia pium Cor pressere tyra        nnide !

« Hélas, les crachats, les soufflets, les coups, le fiel, l’absinthe, l’éponge, la lance, la soif, les épines, le sang, comme tout cela a torturé de mille manières votre cœur compatissant ! »

N’est-ce pas rappeler toutes les atrocités de la Passion du Seigneur.  De fait, il a connu les crachats, les soufflets, les coups, le fiel, l’absinthe, l’éponge, la lance, la soif, « J’ai soif », les épines, « la couronne d’épine », le sang, « la lance » transperçant son côté. Il en sortit du sang, au témoignage de l’Apôtre Jean. Il suffit de se remémorer le lent déroulement de la Passion du Christ pour voir l’exactitude de ces dix mots. Cette synthèse est, je trouve, très émouvante. On comprend que tout cela ait pu torturer le cœur compatissant de la Mère. Le latin est sublime : « quam varia pium Cor pressere tyrannide ». « Pressere » de « premere » qui veut dire : « presser, serrer, accabler, serrer de près ». Vous le voyez, le sens du verbe est déjà à lui-même très fort. Mais cela ne suffit pas à l’auteur, il  ajoute « tyrannide ». Tout cela exprime la profondeur de la souffrance qu’a connue  la Mère au pied de la Croix, d’autant qu’elle assista à ces scènes d’un « cœur compatissant » ; en latin, nous avons  d’un cœur « pium ». C’est plus que la compassion. « Pius » veut dire : « affectueux, tendre, dévoué ».

Et malgré ces douleurs si vives, La Vierge reste ferme. C’est ce qu’exprime dans une autre strophe merveilleuse l’auteur de l’hymne :

5ème strophe

Cunctis interea stas generosior, Virgo, Martyribus : prodigio novo, in tantis moriens non moreris, Parens, Diris fixa doloribus,

« Cependant vous restez debout, plus généreuse que tous les martyrs, ô Vierge ; par un prodige inouï, mourant sans mourir, ô Mère, clouée par de si dures douleurs »

Et là nous retrouvons notre verbe « stare » : « être ferme, être droit, immobile ». « Cunctis interea stas generosior, Virgo, martyribus ». Ce verbe veut dire : « être debout, être immobile, demeurer ferme, résister, durer, rester fidèle ». Telle est l’attitude de la Mère affligée en cette Passion. On ne peut trouver un meilleur mot pour exprimer la force d’âme de Marie en la Passion de son Fils. Elle n’est pas écroulée, mais ferme et résolue.

L’auteur exprime merveilleusement l’attitude de la Mère, « Parens », au pied de la Croix. Elle est là comme « mourante », comme clouée à la Croix avec son Fils « diris fixa doloribus » «  blessée, transpercée de si graves douleurs, cependant sans mourir, « moriens non moreris ». Elle aurait dû mourir comme son Fils, volontairement, dans un grand cri de douleur, …Mais non, il fallait qu’elle soit, aussi, à la naissance de l’Eglise, au jour de la Pentecôte…

La conclusion s’impose dans l’ultime strophe : une humble prière, l’humble prière d’avoir la force d’imiter une telle force dans les difficultés de la vie :

Sit summae Triadi gloria, laus, honor, A qua suppliciter, sollicita prece, Posco virginei roboris aemulas Vires rebus in asperis. Amen

« Gloire, louange, honneur à la Trinité suprême, à qui je demande humblement par une instante prière d’imiter, dans le malheur, la force d’âme de la Vierge » Amen.

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Prev Next

Dimanche du Bon Pasteur 2018

Dimanche du Bon Pasteur 2018

Dimanche du Bon Pasteur MBCF, « Je suis le Bon Pasteur », dit NSJC. C’est sous ce patronage du Bon Pasteur que notre Institut a voulu se placer. C’est Lui notre guide ! C’est Lui notre joie ! C’est Lui notre joie, car la joie « jaillit de la certitude que le...

L’Eglise, l’Islam et la République

L’Eglise, l’Islam et la République

Permettez-moi un petit retour sur la rencontre entre l'épiscopat et Emmanuel Macron au Collège des Bernardins. Beaucoup ont critiqué cette initiative saucisson-pinard faite pour imiter le dîner du CRIF, ce que j'ai trouvé plutôt intelligent. Avec grande naïveté je croyais que Monseigneur Aupetit, nouvel archevêque de Paris, allait faire le discours...

On peut toujours rêver !

On peut toujours rêver !

L’épiscopat a rencontré Emmanuel Macron lundi soir aux Collège des Bernardins. Ceci est une nouveauté dans la paysage politique de notre pays et l’on peut s’en féliciter. Pour autant, y a t-il un dialogue possible avec le président de la République? Bien au chaud depuis des décennies sous la couette de...

Saint Roch

Saint Roch

Notre église Saint Michel de Rolleboise possède une statue de Saint Roch. Une série de Quis ut Deus sera consacrée à ce saint très présent dans nos églises de campagne. En ce mois d’avril, la biographie de Saint Roch. L’Église catholique romaine et la ferveur populaire ont fait de Roch de...

2018 - Vendredi Saint - Chemin de Croix

2018 - Vendredi Saint - Chemin de Croix

Prédication du Chemin de Croix Introduction La Passion de Jésus, vous le savez, est son œuvre principale. Presque tous les détails en ont été prédits et annoncés avec soin par les prophètes de l’Ancien Testament. Et Jésus, dans sa passion, s’attache à tous les accomplir, à les réaliser scrupuleusement. Il dit lui-même...

2018 - Concert de carême

2018 - Concert de carême

Nous avons eu le plaisir d'avoir un concert dans notre église de Rolleboise le 18 mars dernier. Monsieur l'abbé souhaite en faire profiter le plus grand nombre ! Vous pouvez profiter des morceaux enregistrés ci-dessous : Chœur de femmes : {mp3}choeur-femmes-roll-concert_18mar18{/mp3} Stabat Mater : {mp3}Pergolese_stabat-mater_roll_18mar18{/mp3}      

2018 - Jeudi Saint

2018 - Jeudi Saint

Le sacerdoce. La Sainte Messe Le Jeudi Saint, NSJC n’a pas seulement institué le sacrement de son Corps et de son Sang, mais, en son Corps et en son Sang consacrés séparément et réellement présents sous les espèces eucharistiques, Il a institué son Sacrifice et ordonna prêtres ses Apôtres, pour qu’eux...

Semaine Sainte 2018 - La passion de NSJC

Semaine Sainte 2018 - La passion de NSJC

La passion de Notre Seigneur Jésus-Christ Jésus au jardin des oliviers Gethsémani L’agonie   Jn 18 1-3 ; Mat 26 36-56 ; Marc 14 32-52 ; Luc 22 39-53   De l’autre côté du Cédron, au pied de la colline, se trouve un jardin ombragé d’oliviers et nommé Gethsémani. Rien ne troublait la solitude de ses...

2018 - Dimanche de la Quinquagésime

2018 - Dimanche de la Quinquagésime

Jésus-Christ, notre Sauveur Le péché originel Notre Dame     Dimanche dernier, MBCF, je vous ai rappelé l’enseignement de l’Eglise sur la personne adorable du Christ Seigneur. Je me suis posé la question, avec le prophète Siméon : Qui est donc ce Christ que tant et tant d’êtres humains, depuis des siècles, et particulièrement en...

2018 - Présentation de Notre Seigneur au Temple

2018 - Présentation de Notre Seigneur au Temple

Vous trouverez ci-dessous la prédication de l'abbé Aulagnier pour la fête de la présentation de Notre Seigneur au temple ainsi que quelques photos de la messe. {phocagallery view=category|categoryid=4|limitstart=0|limitcount=0|detail=5|displayname=0|displaydetail=0|displaydownload=0|displaybuttons=1|displaydescription=0|enableswitch=1|overlib=1|piclens=1|displayimgrating=0|pluginlink=0|type=1|imageordering=3}     Solennité de la Présentation de Jésus au Temple et purification de Notre-Dame Ma profession de foi Et le prophète Siméon prit l’enfant dans ses bras et...

2018 - Dimanche de la septuagésime

2018 - Dimanche de la septuagésime

« Allez, vous aussi à ma vigne » Cela fut dit aussi aux ouvriers de la 11ème heure. C’est dire que nul n’est exclu de cette vigne. Nul n’est exclu de cet héritage. Nul n’est exclu de ce royaume de Dieu. Autrement dit, le vouloir divin du salut éternel est universel,...

Communion reparatrice des premiers samedis du mois

Communion reparatrice des premiers samedis du mois

La date du 29 mai 1930 n’est pas très connue dans l’histoire de Fatima. Pourtant c’est une date importante, presque aussi importante que celles du 13 mai ou du 13 octobre 1917. En effet, quelques jours avant, la Sainte Vierge apparut à Lucie, qui était alors novice chez les sœurs...

Fatima - Communion reparatrice des premiers samedis du mois

Fatima - Communion reparatrice des premiers samedis du mois

Communions réparatrices des premiers samedis du mois 29 mai 1930 : date importante dans l’histoire de Fatima et de la dévotion des premiers samedis du mois La date du 29 mai 1930 n’est pas très connue dans l’histoire de Fatima. Pourtant c’est une date importante, presque aussi importante que celles du 13...

Homélie du 3ème Dimanche de l'Avent 2017

Homélie du 3ème Dimanche de l'Avent 2017

Saint Jean-Baptiste Nous avons dit, Dimanche dernier, que parmi toutes les figures de l’AT qui annonçaient le Messie, - comme celle du serpent d’airain, celle du bouc émissaire, - il y en avait une qui surpassait toutes les autres figures, c’était celle de l’ « Agneau pascal ». Le sang de cet...

Homélie du 1er Dimanche de l'Avent 2017

Homélie du 1er Dimanche de l'Avent 2017

La venue du Messie Son annonce dans l’Écriture Sainte   L’Avent, MBCF, est le temps de l’attente, de l’attente du Messie, de l’attente de la venue du Messie, du Fils de Dieu. Et s’il en est ainsi, c’est parce que Dieu dans sa Sagesse et sa grande Bonté – car le propre de la...

Les âmes du Purgatoire

Les âmes du Purgatoire

MARIA SIMMA, QUI EST MARIA SIMMA ? Maria Simma est une mystique autrichienne. Par un don particulier de Dieu, déjà vu dans l'histoire de l'Eglise, elle reçoit depuis 50 ans la visite d'âmes du purgatoire. Que lui disent ces âmes ? Elles donnent des avertissements, demandent des prières, et parlent de...

Prédication pour la fête du Christ-Roi 2017

Prédication pour la fête du Christ-Roi 2017

  La fête du Christ-Roi Jésus-Christ est roi, MBCF. Il est roi, non seulement du ciel mais encore de la terre. Et il lui appartient d’exercer une véritable et suprême royauté sur les sociétés humaines. Et ces sociétés humaines, elles mêmes, doivent le confesser. C’est un point incontestable de la doctrine chrétienne....

Prédication pour le 20ème dimanche après la Pentecôte 2017

Prédication pour le 20ème dimanche après la Pentecôte 2017

  Le sacerdoce   Je voudrais vous parler du prêtre en souvenir de mon ordination sacerdotal, le 17 octobre, des mains de Mgr Lefebvre. Ce qui fait le prêtre, sa joie, c’est la découverte toute particulière du mystère de Dieu. Le prêtre, plus que tout autre baptisé, contemple ce mystère. Dieu est l’objet de...

Prédication pour le 19ème dimanche après la Pentecôte 2017

Prédication pour le 19ème dimanche après la Pentecôte 2017

  En l’honneur de Saint Michel     « L’Ange se tint près de l’autel du temple, un encensoir d’or à la main » « Et tandis que l’archange Michel luttait contre le dragon, on entendit la voix de ceux qui disaient : «le  Salut est à notre Dieu ». Telles sont, MBCF, les deux premières antiennes des Premières Vêpres de...

Prédication pour le 18ème dimanche après la Pentecôte 2017

Prédication pour le 18ème dimanche après la Pentecôte 2017

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus Je ne voudrais pas laisser passer cette année sans parler, du haut de cette chair, de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, patronne secondaire de la France. Les saints sont mis sur notre chemin pour que nous les prions, contemplions, les imitions. Sainte Thérèse, Thérèse Martin, naquit à...

16ème Dimanche après la Pentecôte

16ème Dimanche après la Pentecôte

En la solennité de saint Michel   En cette fête de Saint Michel, patron de notre petite église, je voudrais vous dire la joie de mon âme, d’être au milieu de vous. C’est en effet au milieu de vous que s’accomplit ma vie sacerdotale. Le prêtre vit au milieu d’un peuple, au...

15éme Dimanche après la Pentecôte 2017

15éme Dimanche après la Pentecôte 2017

« Celui qui sème dans l’esprit moissonnera de l’esprit, la vie éternelle ». C’est le Christ qui est au principe de la Vie éternelle C’est inéluctable. Je posséderai la vie éternelle - la finalité de ma vie - si j’en prends le chemin, si je pratique les œuvres de l’esprit : la charité, la joie...

14éme Dimanche après la Pentecôte 2017

14éme Dimanche après la Pentecôte 2017

« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu » MBCF, faisons court et disons simplement que le « Royaume de Dieu », c’est Jésus lui-même. Oui ! Ce « Royaume de Dieu », dont le thème est si fréquent dans la prédication de NSJC, n’est finalement rien d’autre que Jésus-Christ lui-même et Jésus-Christ c’est la charité, n’est rien d’autre...

Assomption de la Sainte Vierge 2017

Assomption de la Sainte Vierge 2017

Fête de l’Assomption de la Sainte Vierge   L’Eglise, dans ces hymnes liturgiques, chante, cela ne vous étonnera pas, les différentes fêtes de NSJC, tout comme les fêtes de Notre Dame. Elle consacre trois hymnes à cette fête du 15 août, à ce mystère. Nous allons méditer sur l’hymne des premières Vêpres...

10éme Dimanche après la Pentecôte

10éme Dimanche après la Pentecôte

  « Personne, parlant par l’Esprit de Dieu, ne dit anathème à Jésus »   Ce sera le thème de notre entretien dominical. « Personne, parlant par l’Esprit de Dieu, ne dit anathème à Jésus »… Bien au contraire.  Tous ceux qui sont animés de l’Esprit Saint par suite de la réception du baptême, tout baptisé chante avec...

La Rébellion cachée

La Rébellion cachée

Je voudrais, à la reprise de l’année apostolique, en octobre, faire diffuser dans le cadre paroissial, « saint Michel de Rolleboise », le film, dont on parle beaucoup aujourd’hui : « La Rébellion cachée » de Daniel Rabourin sur l’épopée vendéenne. L’Homme Nouveau vient de publier une interview de l’auteur. En...

9ème Dimanche après la Pentecôte

9ème Dimanche après la Pentecôte

« Si tu connaissais, toi aussi, au moins ce qui te procurerait la paix » « Tu n’as pas connu le temps où tu as été visité »   Terrible reproche, MBCF, que ce reproche adressé par NSJC au peuple juif : « Tu n’as pas connu le temps où tu as été...

7ème Dimanche après la Pentecôte 2017

7ème Dimanche après la Pentecôte 2017

Le salaire du péché, c’est la mort. La grâce de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ     MBCF, voilà des belles paroles mais, je pense, un peu mystérieuses. Elles demandent éclaircissements. « Le salaire du péché, c’est la mort » dit Saint Paul « Stipendia peccati mors ». Un peu plus haut, il...

La dévotion au premier samedi du mois

La dévotion au premier samedi du mois

Parce que je serais très heureux que dans la paroisse Saint Michel de Rolleboise, la dévotion au premier samedi du mois se développe comme l'a demandée  Notre Seigneur à Sœur Lucie de Fatima, il me semble heureux de porter à  votre connaissance, dans ce numéro de juillet, les documents officiels...

Les communions réparatrices des premiers samedis du mois

Les communions réparatrices des premiers samedis du mois

29 mai 1930 : date importante dans l’histoire de Fatima et de la dévotion des premiers samedis du mois La date du 29 mai 1930 n’est pas très connue dans l’histoire de Fatima. Pourtant c’est une date importante, presque aussi importante que celles du 13 mai ou du 13 octobre 1917. En...

Veille Actualité