Des fêtes en défaite !

« Bonnes fêtes de fin d’année ! »

 

Voilà un leitmotiv devenu systématique en cette période de l’année. Les personnes qui vous manifestent un tel souhait le font toujours avec grande sympathie. Elles s’adressent à votre cœur mais ne sondent pas forcément le cœur de leur propos. Elles veulent réjouir votre esprit mais n’évaluent pas toujours à sa juste mesure l’esprit de l’évènement réjouissant que sous-tendent leurs paroles. Plus exactement, elles ne réalisent pas l’innocente inconvenance voire l’irrespect involontaire de l’amalgame de deux évènements totalement « asymétriques » que révèle cette expression en cinq mots fort aimables.

Asymétriques, disais-je !

En effet, Noël qui célèbre la naissance d’un Enfant Dieu venu sauver le monde, selon la foi, et reconnu comme un évènement remarquable irréfutable, selon l’histoire, est aux antipodes de la fin de la révolution de la planète terre autour du soleil. J’avoue humblement qu’évoquer au 1er de l’an la fête de la circoncision de Jésus pour souhaiter « une bonne coupure » entre l’année qui se termine et celle qui débute serait au mieux déplacé, au pire considéré comme une insulte raciste !


La naissance de Jésus, donc Noël, est un évènement unique et d’ordre spirituel, le jour de l’an est un fait répétitif et d’ordre purement temporel. L’un s’inscrit dans des considérations religieuses qui ont été les fondements d’une civilisation, l’autre résulte d’études scientifiques qui restent des éléments purement factuels. D’un côté, l’on se réjouit pour un bonheur venu du Ciel, même si ceux qui festoient ne l’intègrent pas dans leurs agapes auxquelles, malgré eux, cet évènement donne une justification, de l’autre côté on trouve prétexte à s’amuser à l’occasion d’un anniversaire qui ne touche aucune personne chère ni ne rend hommage à aucun évènement glorieux. Le jour de l’an est, qu’on le veuille ou non, une fête des plus profanes qui ne vise qu’à faire la fête pour la fête. Il n’y a rien de critiquable à cela, pourvu que l’on fasse la part des choses et que l’on hiérarchise les faits.


Par ailleurs, il convient de noter qu’au temps où la nouvelle année était souhaitée d’une façon explicite, c’était là l’occasion d’exprimer bon nombre de vœux chaleureux et d’axer ainsi les cœurs et les esprits sur des valeurs nobles, pleines d’affection et d’amour.


Certes, il est vrai que dans l’esprit de tout un chacun ces évènements sont fort différents, même pour ceux qui ne sont pas Chrétiens, me semble-t-il, mais en ce qui concerne leur célébration, beaucoup de gens témoignent d’une assimilation qui leur fait oublier le caractère religieux de Noël. L’expression « Bonnes fêtes de fin d’année », quant à elle, ne se soucie point de cette différence, tant elle met l’accent sur l’aspect festif qui nivelle la nature de chacun de ces évènements. En outre, il est plus facile de dire
« Bonnes fête de fin d’année ! » que de souhaiter « Joyeux et (saint) Noël ! » et, le moment venu, « Bonne et heureuse année ! ». Les parenthèses s’adressent à ceux qui sont pris de convulsions en entendant parler de saint ou de sacré pour une fête qui, quoi qu’il en soit, est caractérisée notamment par ces deux qualificatifs…


Le monde laïque qui se veut neutre envers les religions tend à lisser la différence entre ces deux évènements, se montrant ainsi l’adepte acharné du
« Bonne fêtes de fin d’année ! »


Ainsi, cette expression n’est pas si innocente que cela, même si celui qui la prononce n’y met aucune malice. Les mots fêtes témoignent, dès lors, de la défaite du  mot « Noël » que l’on n’entend plus dans cette expression en tant qu’évènement spirituel unique, mais aussi du mot « nouvel an » qui n’est plus exprimé en tant qu’évènement symbolique donnant l’occasion d’échanger des vœux aimables, les deux mots étant ainsi ramenés à leur plus neutre valeur de « fête ». Il n’empêche que si les mots « Noël » et « Nouvel an » ont essuyé une sévère défaite dans les souhaits de fin d’année, l’évènement que désigne le mot Noël, à savoir la naissance de Jésus, reste une victoire indéniable par sa célébration aux quatre coins du monde, lui qui demeure un évènement chrétien et qui ne résulte d’aucun calcul scientifique ni de manigances politiques, financières ou franc-maçonnes.

« Le monde passera, mes paroles ne passeront pas…»


Ainsi, viendra un jour où, à la fin des temps, le jour de l’an passera sur cette terre mais la naissance de l’Enfant Jésus, quant à elle, restera éternelle au Ciel et sera alors l’occasion d’une fête sans fin.

La chair est faible, mais l’esprit est prompt ! Alors restons vigilants pour ne pas laisser les paillettes de la fête profane l’emporter sur les diamants de la félicité spirituelle. Si l’on tient à associer ces deux évènements, il n’y a qu’à considérer que la joie de Noël, joie venue du Ciel pour le bonheur de l’âme, joie des familles et joie du monde pour le bonheur des cœurs et des esprits, se prolonge dans la joie d’une nouvelle année que nous ouvre le Seigneur pour nous sanctifier. Alors la boucle sera ainsi bouclée.


Dès lors, faisant fi des humeurs que peut susciter le mot « saint » qui n’a jamais tué personne et ne tuera jamais quiconque mais peut, en revanche, faire beaucoup de bien, nous pouvons clamer haut et fort, avec toute la vigueur de notre cœur :

 

JOYEUX ET SAINT NOËL À TOUS

 

Ainsi que :

 

BONNE, HEUREUSE ET SAINTE ANNÉE !

 

 

La chouette