Déchéance de nationalité

Un coup d’épée dans l’eau pour un tir de kalachnikov dans le mille !

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Avril 2016

 

Le vote de la déchéance de nationalité a fait bien des gorges chaudes, suscité de nombreuses polémiques et entraîné la démission d’un ministre. Il est à noter que cette démission semble avoir été le seul point sur lequel l’unanimité ait pu être faite !...

A priori, ce décret vise à sanctionner des citoyens dans la reconnaissance de leur identité nationale. Deux questions se posent alors :

L’adaptation de la punition à la faute commise, d’une part ;

Son impact sur l’intéressé, d’autre part.

Oter la nationalité à un citoyen revient à le bannir psychologiquement de son pays en ne lui reconnaissant plus son appartenance sociétale à la Nation. Il perd de ce fait tous droits liés à la citoyenneté française de laquelle il a été déchu, ce qui, entre nous soit dit, ne semble pas constituer une grande différence par rapport à ceux qui la conservent, compte tenu des droits pratiquement identiques dont bénéficient les étrangers dans notre pays... Cette décision constitue, malgré tout, une sanction lourde du fait du rejet inéluctable qu’elle entraîne. Elle ne peut donc s’appliquer qu’à un acte d’une extrême gravité qui met le fautif définitivement hors de la communauté nationale pour une atteinte à la Nation toute entière. L’acte terroriste est celui « par excellence » qui mérite une telle sanction, comme peut aussi le mériter, me semble-t-il, la trahison. Qu’en est-il des autres méfaits, tels que certains crimes, que l’on envisage de sanctionner de la même façon ? N’irait-on pas ainsi vers la banalisation d’une telle sanction qui perdrait alors de sa valeur et amenuiserait, par voie de conséquence, la gravité d’une faute telle que le terrorisme ou la trahison que je viens de citer ?

 

L’adaptation d’une telle punition à la faute commise est donc essentielle tant pour sa crédibilité que pour son effet. Il convient donc de bien cibler les actes à sanctionner de la sorte et de définir avec grande pertinence les circonstances dans lesquelles ils ont été commis.

 

S’agissant de la personne déchue de la nationalité française, il est impératif de considérer avec perspicacité l’effet d’une telle sanction par rapport aux intentions qui l’ont conduite aux exactions commises. Par cette décision de déchéance, la personne incriminée se voit ainsi mise au banc de la société. Cette sanction définitive est un bannissement psychologique à la hauteur d’une faute impardonnable et irréparable. Elle est une forme de condamnation à mort du coupable par rapport à la vie sociétale et communautaire qu’il a connue jusqu’alors. Elle vise donc à atteindre la personne dans le lien essentiel qui la rattache au pays et qui lui est donc le plus cher sur ce plan-là. Elle devrait donc s’en trouver profondément affectée et se sentir définitivement rejetée d’une famille qui lui tient à cœur…

 

C’est là que se situe l’étonnant paradoxe de vouloir sanctionner un individu, tel qu’un terroriste, en lui ôtant le statut social d’une société qu’il combat, d’une culture à laquelle il s’oppose et d’une nation qu’il veut détruire ! Les actes de terrorisme qui ont suscité le vote d’une telle mesure sont la signature même d’un refus d’appartenance à la nation attaquée. Le terroriste n’a que faire de sa déchéance de nationalité dont il s’est lui-même extirpé. Force est de reconnaître que cette décision, aucunement ressentie comme sanction, peut même être pour lui une satisfaction conforme à ses convictions.

 

Une fois encore, il apparaît que le politique, impuissant devant une telle menace par laxisme de décision et angélisme de comportement, ait cherché une mesure démonstrative dans sa représentation mais totalement inefficace dans son application. On a voulu ainsi tenter de se donner bonne conscience devant des énergumènes qui eux ne l’ont pas bonne du tout, tout en feignant une décision qui se veut énergique mais qui s’avère un coup d’épée dans l’eau devant des tirs de kalachnikov qui eux, malheureusement, sont des coups de balles dans le mille !...

 

Voilà de la poudre aux yeux politique en riposte à de la poudre au corps terroriste par manque de poudre à canon de nos armées que l’on réduit à une poudre à chagrin, oh excusez-moi, je voulais dire à une peau de chagrin !

 

 

La Chouette