RÉFUGIÉS : L’impossible possibilité !

Par le Colonel Anrès.

26/10/2015

 

Dans l’article précédent, j’évoquais la possibilité d’inciter les hommes des familles de réfugiés à rester dans leur pays pour se mobiliser contre l’agresseur. Il m’apparaissait plus judicieux, et dans l’ordre des choses, que ces citoyens de pays en détresse tentent d’éradiquer le phénomène les concernant en défendant leur patrie. La question se pose alors de comprendre pourquoi ces hommes préfèrent tout abandonner sur place et fuir ainsi devant la menace et l’oppression, sans offrir d’opposition ?

Nous ne nous pencherons que sur les réfugiés chrétiens, étant entendu que ceux qui ne le sont pas, ou feignent de l’être, comptent dans leurs rangs, au mieux des opportunistes, au pire des infiltrés musulmans aux intentions peu louables.

Deux raisons essentielles aux yeux de ces pauvres Chrétiens semblent plaider en faveur de leur fuite désespérée, au point de vue pragmatique :

- Tout d’abord, s’agissant des Syriens qui ont fait l’objet d’une conscription générale en 2014, il convient de préciser que beaucoup ont fui avant cet appel. Ensuite, s’agissant de ceux qui ont quitté le territoire après cette date, la première raison a pour fondement la terreur générale semée par la guerre. Cette terreur et la guerre qui déciment les rangs de l’armée leur fait apparaître insurmontable le danger qu’ils doivent affronter. Ils jugent ainsi ne pas avoir les moyens de s’y opposer et s’exposer à une mort certaine, surtout celle de leur famille, sans qu’il y ait un espoir de victoire. La protection de leur famille, qu’ils estiment irrémédiablement perdue s’ils demeurent sur leur territoire, constitue donc leur motivation principale.

De plus, l’absence d’un consensus général pour faire face à l’oppresseur ne favorise pas un soulèvement collectif. La fuite s’avère alors leur seule échappatoire. Ainsi, pour ces gens au comble du désespoir, cette fuite en famille ne leur paraît pas une désertion. La guerre juste qu’évoque Saint Thomas d’Aquin nécessite, pour qu’elle soit efficiente, que les belligérants puissent au moins être animés de l’espoir de la victoire.

- La deuxième raison réside dans l’absence d’une forte motivation provoquée par les plus hautes instances de l’Etat, seules capables de galvaniser un peuple pour la défense de son intégrité et ce, quelle que soit la confession des familles. Si réellement cette motivation existait en Syrie, je pense que les désertions n’atteindraient pas cette quantité hallucinante qui, ajoutée à celle des morts, génèrent une pénurie de soldats s’élevant à la moitié des troupes régulières ! Malgré l’amnistie promise par Bachar el-Assad, ces déserteurs, même ceux ayant trouvé refuge en Jordanie, ne reviennent pas en Syrie, par manque de confiance en la promesse de leur Président et par crainte viscérale envers les Djihadistes. N’oublions pas que même les musulmans qui ne veulent pas se soumettre aux exigences religieuses ou financières de ces barbares fondamentalistes sont éliminés. Peut-être le sont-ils, me direz-vous, avec une cruauté moins raffinée que celle employée contre les Chrétiens. Quelle douce consolation... pour les non-Chrétiens !

 

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Malgré l’obstacle dressé par la première raison, ces pères de famille où fils adultes pourraient rester sur place pour rejoindre, malgré tout, leur armée ou former une opposition en agissant selon leurs compétences et leurs moyens. Certains le font, mais ils ne représentent qu’une infime partie qui vient timidement gonfler les rangs de quelques femmes courageuses qui, ouvertement ou clandestinement, se lèvent contre l’agresseur.

De plus, force est de constater, que devant un tel danger pour les Chrétiens, les épouses supplient bien souvent leur mari et leurs fils de ne pas s’y exposer et les invitent à fuir avec elles, en évoquant toutes les raisons les plus légitimes et les plus convaincantes. Et après tout, ces pauvres gens ne sont-ils pas confrontés quelque part à un terrible dilemme concernant leur devoir d’état ?

Doivent-ils mourir glorieusement pour tenter de sauver avec patriotisme leur pays, à priori laïque, mais qui restera malgré tout de confession et de culture musulmane ?

Ou bien leur faut-il protéger leur famille pour continuer l’œuvre de Dieu, en espérant que leur modeste mais douloureux témoignage puisse être une forme d’apostolat auprès du monde ?

La réponse n’est pas évidente !

L’on peut ainsi mesurer à quel point cette possibilité, bien qu’étant concevable, s’avère pour eux pratiquement impossible !

Nous touchons là à ce que je qualifie d’impossible possibilité.

La deuxième raison procède d’une attitude essentiellement politique. Les dirigeants de ces pays, dits totalitaires, voire despotes ou tyranniques, le sont à la tête de nations qui nécessitent un régime fort. Dans le cas contraire leurs jours de gouvernance seraient comptés. Mais cela ne justifie en aucune façon les exactions éventuelles de tels pouvoirs contre les opposants au régime.

Ceci étant, il faut bien admettre que ces chefs d’Etat, comme tous ceux des autres pays d’ailleurs, tiennent à se maintenir en place et œuvrent, pour ce faire, à la stabilité de leur régime. Ainsi, les combats qu’ils peuvent mener contre tout mouvement opposant, tout groupe déstabilisateur, toute organisation agressive, visent tout d’abord à garantir cette finalité. Ces ennemis d’Etat ne sont jamais des Chrétiens qui, de ce fait, se voient protégés contre l’agresseur que combattent leurs gouvernants, sans que ces derniers aient pour intention précise d’être leur paravent. Ces Chrétiens se sentent d’autant plus à l’abri, pourrions-nous dire, que ces ennemis, lorsqu’ils sont islamiques, éprouvent envers eux un fort ressentiment.

Par ailleurs, il faut bien réaliser que ces gouvernements, qualifiés de laïques, comptent en leur sein essentiellement des musulmans. Ces derniers se doivent naturellement d’être modérés. Pour avoir étudié d’assez près, au sein des services de renseignement, les structures de tels Etats, j’ai pu constater que les Chrétiens qui s’y trouvent sont loin de faire légion. Il faut savoir qu’ils sont contraints, sans être interdits de quoi que ce soit, d’être d’une discrétion totale dans un régime où, quoi qu’il en soit, la culture est musulmane et donc aux couleurs de l’Islam, même s’il est modéré.

Ainsi, cette éventualité de solliciter des Chrétiens de pays de culture musulmane pour se soulever contre un agresseur qui partage les mêmes bases culturelles que ces nations, s’avère difficilement réalisable, même si le principe paraît possible.

Là encore, nous sommes confrontés à l’impossible possibilité !

 

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Nous pourrions, enfin, nous étonner de voir ces Chrétiens préférer rejoindre l’Occident plutôt que trouver asile dans les pays de leur zone.

Il nous faut alors avoir à l’esprit que la guerre fratricide entre Chiites et Sunnites déchire le monde musulman depuis la mort du Prophète. S’afficher chrétien dans une telle région du monde signifie donc se montrer deux fois mécréant et impur pour chacune des communautés. Il est alors aisé de comprendre que ces malheureux Chrétiens cherchent refuge dans des pays qui puissent d’abord leur garantir leur sécurité purement physique, puis la libre pratique de leur foi.

Cette éventualité de refuge s’avère encore une impossible possibilité !

Séduits par des préjugés favorables sur la France, beaucoup de Chrétiens affluent vers notre pays, les autres préférant souvent l’Allemagne ou la Grande-Bretagne pour des raisons d’emploi. Mais voilà, comme je le disais dans mon précédent article, la France n’est plus cette fille aînée de l’Eglise ayant attiré beaucoup d’entre eux. Mais qu’est-elle donc devenue ?

- Elle est devenue ce pays « des droits de l’homme » qui bafouent en bien des points les droits de Dieu, qui sont pourtant le fondement de la dignité humaine et de ses droits à vivre.

- Elle est le pays de cette République, dite démocratique, qui s’apparenterait à la cage dont parlait Montaigne lorsqu’il évoquait à tort le mariage ; à tort, car sa comparaison prouve qu’il ne considérait pas ce sacrement comme enraciné dans l’amour divin. Le mariage, disait-il à peu près, est une cage ainsi faite que les oiseaux qui se trouvent à l’intérieur désespèrent d’en sortir, tandis que ceux qui sont à l’extérieur voudraient bien y entrer ! Si nous substituons au mot « mariage » celui de « République », République qui désespère nombre de ceux qui la subissent et semble attirer ceux qui en ignorent les vices cachés, comme entre autres ces pauvres Chrétiens d’Orient, nous pouvons alors applaudir Montaigne d’avoir été un grand visionnaire…

 

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Voilà, mes chers amis, quelle est aujourd’hui notre terre d’accueil ! Heureusement, nos cœurs et notre esprit de foi peuvent compenser, en grande partie, la carence du patrimoine chrétien que la France a perdu.

Certes, il est nécessaire d’agir, d’aider et de se donner ; mais il nous appartient aussi de prier avec ferveur, tant pour ces malheureux Chrétiens que pour nous-mêmes et pour notre Patrie.

Prier pour ces Chrétiens qui nous édifient en regrettant d’avoir tout perdu sauf l’essentiel, disent-ils fièrement, à savoir leur foi ! Ces malheureux Chrétiens qui nous stimulent en proclamant que la destruction de leurs églises n’a point altéré celle qu’ils forment désormais tous ensembles, à savoir l’Eglise Orientale en exil ! Eglise souffrante mais vivante, clament-ils ardemment, que nul ni personne ne peut détruire malgré les balles, les bombes et la terreur...

Demandons à Dieu que les mérites issus de la douleur de leur foi retombent aussi sur nous, afin que nous puissions affronter avec eux, si les temps futurs nous y contraignent, le fléau implacable de l’islamisation de notre douce France.

Enfin, quand nous le pouvons, tâchons d’orner nos prières de petits sacrifices qui sont le parachèvement de tout amour, comme le suggérait le Saint curé d’Ars à un de ses confrères prêtre. Dieu a sacrifié son propre Fils par amour pour nous les hommes, car le sacrifice d’amour est bien la quintessence de tout amour qui fait fléchir le cœur de Dieu, si je puis m’exprimer ainsi.

Jetons-nous, enfin, dans les bras de Sa Très Sainte Mère qu’il a choisie pour venir sur terre et à laquelle il nous est nécessaire de nous confier pour aller au Ciel…

Alors le Cœur Sacré de Son Divin Fils finira par régner !...

 

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