CONCUE SANS PÉCHÉ POUR ÊTRE CORÉDEMPTRICE - Questions d’adolescents à leur père -

- Dis, papa, tu proclames toujours que c’est grâce à la Sainte Vierge que le monde a pu être sauvé ! Pourtant, c’est bien Jésus qui a été crucifié pour nos péchés.

- C’est exact, mon fils, mais j’attire ton attention sur le fait que je n’ai pas dit que le monde a été sauvé par la Sainte Vierge mais qu’il a pu l’être grâce à Elle. En effet, si Jésus a pu remplir sa mission rédemptrice, dispenser son saint enseignement, accomplir des miracles, c’est parce qu’une femme débordant d’amour et d’humilité et conçue d’une façon particulière l’a mis au monde en acceptant le glaive qui transpercerait son cœur, comme le lui prédit le vieillard Siméon. Vois-tu, mon garçon, tout cela a pu se réaliser grâce à la Sainte Vierge qui par son fiat a eu l’insigne privilège d’enfanter Jésus, notre Sauveur.

- Mais dis, papa, dans le monde il n’y avait pas que la Sainte Vierge qui était pure, simple et pieuse ? Et puis, que veux-tu dire par conçue d’une façon particulière ?

- Tu as raison, il existait, bien sûr, d’autres jeunes filles pures et simples mais Marie de Judée, fille d’Anne et de Joachim, était la plus sainte d’entre elles et c’est pour cette raison que Dieu l’a choisie. Sa particularité qui la plaçait au-dessus de toutes les saintes femmes de ce monde était qu’elle était la seule créature terrestre conçue sans le péché originel. Cela reste un grand mystère car elle a été, dès sa conception et selon votre langage moderne, formatée pour cette mission sublime qu’elle a acceptée.

- C’est vraiment un grand mystère, papa ! C’est pour cela qu’elle s’appelle l’Immaculée Conception ?

- Tout à fait, c’est pour cela.

- C’est quand même formidable !

- Tu as encore raison, mon fils, c’est formidable d’amour de la part de Dieu et formidable d’humilité ainsi que de charité de la part de la Vierge Marie. Vois-tu, mon garçon, cela nous invite à honorer la Sainte Vierge en tant que reposoir spirituel de la Sainte Trinité vers qui elle confine, pour utiliser un terme propre aux théologiens.

- Que veux-tu dire par là, papa, s’exclament alors plusieurs de ses enfants qui l’entourent ?

- J’y viens, mes enfants, mais sachez qu’à cette qualité de reposoir de la Sainte Trinité pourraient être associée celle de parfum du Paradis. Ces réflexions me sont suscitées, d’une part, par son état de créature conçue sans péché, choisie par Dieu pour générer son fils par l’unique intervention céleste en la personne du Saint Esprit et, d’autre part, par son entière participation à la Rédemption du Christ Jésus, son propre fils et à la fois Fils de Dieu.

 

- Mais, papa, tout cela procède du mystère et de l’amour de Dieu. Tu nous l’as toujours dit. En quoi donc la Sainte Vierge serait-elle mêlée à la Sainte Trinité ? 

- Eh bien voilà : tout d’abord, je ne dis pas qu’elle est mêlée à ce grand mystère, je prétends seulement qu’elle me paraît en être le reposoir spirituel, une projection des trois personnes qui la composent dans son unité parfaite. Je m’explique :

Comme toute créature, la Vierge Marie est une conséquence de l’amour du Père et du Fils. Mais cette créature a été conçue sans péché pour répondre aux desseins du Très Haut, restant ainsi un produit parfait de l’amour divin comme l’est l’Esprit-Saint. Celui-ci, ayant couvert de son ombre Marie, comme le disent les Saintes Ecritures, Il est, au nom du Père céleste, le géniteur de Jésus qui prend ou plus exactement garde sa nature divine au travers de la créature humaine qu’est Marie, sa mère. En fait, je devrais dire que la nature divine de Jésus a habité Marie après avoir séjourné neuf mois en son sein. Elle en est donc toute imprégnée. Ainsi, Jésus, Fils de Dieu, tire son humanité de Marie, bien qu’engendrée par Dieu le Père ; Marie, mère de Jésus, endosse de son fils sa sainteté éternelle et sa royauté céleste.

- C’est vrai que la Sainte Vierge a toujours été en communion totale avec le Ciel, s’exclame la fille aînée !

- C’est exact. Elle est, ainsi, le fruit de la volonté du Père par le choix de Dieu de la prendre pour Mère de son Fils.

Elle est l’objet de l’amour du Saint Esprit qui l’a couverte de son ombre.

Elle est la chair du Christ qu’elle a conçu dans son sein.

On pourrait en conclure que la Sainte Trinité, selon votre langage de jeunes, l’a cernée de toutes parts. Plus élégamment nous pourrions dire qu’elle a été emmitouflée dans la Sainte Trinité depuis sa conception jusqu’à l’établissement sur son trône de Reine du Ciel.

 

- Je comprends maintenant pourquoi tu parlais de reposoir de la Sainte Trinité.

- Oh ! Ce n’est qu’une image pour vous montrer à quel point notre Mère du Ciel est à la fois liée et impliquée dans les trois personnes de ce Dieu unique. Elle est le siège d’une opération sublime qui enveloppe, en quelque sorte, la nature divine de Jésus de sa nature humaine qu’elle a l’insigne privilège d’enfanter. Bien que ces deux natures soient distinctes en Jésus, elles sont unies en un seul être que met au monde la Sainte Vierge.

 

Parallèlement à l’Eucharistie où Dieu est présent sous l’apparence du pain et du vin, Dieu a été présent sur la terre sous l’apparence charnelle de Jésus. Toutefois, vous comprenez bien, j’espère, qu’apparence ne veut pas dire illusion. Jésus, ayant les deux natures, était un homme en chair et en os qui a souffert sa Passion en éprouvant les atroces douleurs humaines. Mais il restait Dieu ; Dieu fait homme. Souvenez-vous des paroles du vieillard Siméon que je viens de citer : un glaive te transpercera le cœur. C’était le glaive de la souffrance inouïe d’une mère voyant martyriser son fils, le glaive de l’étourdissement mortel d’une maman regardant vers son enfant mourant sur la croix. Ainsi, par son fiat, par les souffrances qu’elle a endurées tout au long de la Passion où elle a suivi son divin Fils, la Vierge Marie a été totalement associée à la mission rédemptrice de Jésus. Co-Rédemptrice de nos âmes, elle est aussi Co-Salvatrice dans les détresses qui nous affectent et que nous confions à Dieu. Ainsi, au sacrement qui nous est le plus salutaire, à savoir l’Eucharistie, la Sainte Vierge est aussi associée. Elle en est partie prenante.

 

- Mais comment cela, semble s’indigner l’un des garçons ? Quel lien l’hostie peut-elle avoir avec la Sainte Vierge. Certes, l’hostie est devenue le corps du Christ lors de la Consécration et, de ce fait, Jésus entre dans nos âmes lorsque nous communions. Est-ce donc en cela que la Vierge Marie est, comme tu dis, partie prenante à ce sacrement ?

- Tout à fait, mon fils.

- Mais comment donc ?

- Eh bien, voilà : lorsque le Christ dit - Voici mon corps livré pour vous ; voici mon sang versé pour vous - Il parle bien de ce corps et de ce sang qui ont pris naissance dans le sein de Marie. Cette hostie qui devient le corps de son fils Jésus et le vin qui en devient son sang, lors de la Consécration, sont donc aussi une prolongation du corps et du sang de la Vierge Marie, sa mère. La Passion a, certes, été soufferte par Jésus, mais Marie en a aussi acquis les mérites.

 

Ainsi, dans l’Eucharistie, la Sainte Vierge trouve toute sa place, car, chair et sang du Christ, elle a accepté et communié à la Passion de son fils Jésus en souffrant intimement toutes ses douleurs. Sa participation et son implication, bien que non sanglantes, sont réelles, comme est réel dans l’Eucharistie le sacrifice non sanglant du Christ.

 

- Si je comprends bien, papa, lorsque nous communions, nous mangeons aussi le corps de la Sainte Vierge ?

- Non, mon petit bonhomme, nous ne pouvons affirmer cela, car la transsubstantiation concerne le corps immolé du Christ. Cependant, je pense que l’on peut estimer que la Sainte Vierge, lors de la Communion, pénètre aussi notre âme et accompagne Jésus dans notre cœur.

- C’est vraiment très beau tout ce que fait le Bon Dieu, s’exclament presque en chœur les ados, en admiration devant tant de splendeurs !

- Oui, les œuvres de Dieu sont une splendeur incommensurable, une merveille d’amour et de miséricorde et son infinie délicatesse nous a gratifiés de ce don ineffable d’une Mère céleste en qui Il a mis tous ses trésors…

 

L’Immaculée Conception est l’un des dogmes à la fois des plus sublimes et des plus mystérieux de notre foi. A travers cette merveille de la délicatesse divine et de l’ampleur de l’amour de Dieu, considérons la force de la pureté d’une âme qui va décider Dieu de l’habiter pour s’incarner et venir nous sauver ; mesurons la puissance de l’humilité qui amènera Notre Dame à être Reine du Ciel ; louons, enfin, l’extraordinaire pouvoir de la Miséricorde dont Dieu a fait de sa mère, notre mère à tous, un océan sans limites. Ayons recours à elle car, comme le disait Ste Thérèse de Lisieux : la Sainte Vierge est plus Mère que Reine.

Elle est plus Mère car elle a été choisie dès le début pour enfanter Jésus, le Sauveur de l’humanité.

Elle est plus Mère car le Fils de Dieu est bien le fruit de ses entrailles ; Elle L’a porté dans son sein et L’a enfanté, signant ainsi l’authenticité de sa maternité.

Elle est plus Mère car elle l’est de tous les hommes de par le rôle que lui a confié le Christ du haut de sa croix, avant de remettre son esprit entre les mains de Dieu le Père.

Elle est plus Mère que Reine, car c’est le fait d’être Mère de Jésus, Fils de Dieu dont elle a acquis les mérites, qui lui a valu ce titre de Reine des Cieux.

 

Vous devinez alors, mes chers enfants, que le Je vous salue de l’ange, lors de l’Annonciation, n’était pas un simple bonjour ou une banale entrée en matière :

Il était une révérence que Dieu faisait à la Vierge Marie, Immaculée Conception, à travers son ambassadeur céleste.

Une révérence, pleine de majesté pour le temple saint qu’elle représentait en étant celle qui allait porter Jésus en son sein.

Une révérence empreinte d’admiration et de déférence envers celle qui allait accepter de souffrir avec son Fils pour le salut du monde.

Une révérence, enfin, d’un Dieu à la fois humble et tout puissant qui, dans sa Miséricorde infinie, allait lui confier ce rôle magnifique d’Avocate et de Médiatrice.

 

 

*

 

 

O Vierge de Miséricorde, ô notre Mère, que votre âme immaculée, conçue sans péchés, purifie la nôtre et l’illumine de candeur.

Que la douceur de votre humilité attise en nous l’amour de Jésus, afin que nos péchés soient noyés dans l’océan de la Miséricorde divine qui inonde votre cœur.

Que votre cœur de mère nous donne le courage et la force d’accepter avec piété nos peines et nos souffrances pour les unir à celles de la Passion de votre divin Fils, afin que nous nous sanctifions et nous nous élevions vers Dieu dans la joie et le bonheur célestes.

 

Colonel J. Anrès