4ème dimanche après la Pentecôte 2018

Le naturalisme

Saint Paul, dans cet Epître aux Romains, nous parle de la « gloire à venir qui sera manifestée en nous », un jour, de la « manifestation des enfants de Dieu ». Il nous parle de la « la liberté glorieuse des enfants de Dieu », de « l'adoption des enfants de Dieu », de « la rédemption de notre corps ».

Ce sont là des affirmations merveilleuses. Quoi de plus beau que de savoir que notre âme doit s’épanouir en Dieu, dans la possession de la gloire divine. Quoi de plus beau que de savoir que cette possession de la gloire sera le fruit de notre filiation divine réellement acquise par la foi au Christ, par le baptême ; que le corps aussi revêtira cette incorruptibilité, cette impassibilité ; que les âmes fidèles auront cette béatitude éternelle contemplant éternellement Dieu dans sa bonté et sa beauté. C’est ce que Saint Paul veut dire lorsqu’il parle de « gloire à venir » des enfants de Dieu, de leur « manifestation » dans la gloire. Il nous dit que la création elle-même « sera affranchie de la servitude de la corruption » et qu’elle aura « part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu ».

Voilà un langage vraiment surnaturel. C’est le langage divin. C’est le langage de l’Eglise. C’est le lange des Apôtres, de l’Evangile. C’est le langage de l’espérance du Ciel, de l’espérance eschatologique. L’homme créé et régénéré en Dieu dans les eaux du baptême s’accomplit, s’achève, se perfectionne et connaît le bonheur éternel en Dieu. Ce qui veut dire également que Dieu est la fin de toutes choses, l’accomplissement de toutes choses. Dieu possédé par la créature spirituelle et même matérielle, est la plénitude de l’être créé. Autrement dit, l’homme n’est grand qu’en Dieu. Dieu est sa gloire, sa perfection et donc sa loi. Dieu est le bien de l’Homme. Il est sa béatitude. Je ne fais que gloser la pensée de saint Paul dans son Epître aux Romains.

Voilà la conclusion simple que l’on peut tirer de ce texte paulinien : Dieu est le bien de l’homme ici-bas et dans l’au-delà. Tressaillons d’allégresse en cette pensée.

Or le monde moderne est opposé totalement à cette joie surnaturelle.

En effet « la pente actuelle des esprits et des cœurs, le trait principal des caractères, l’habitude des individus, la coutume des sociétés, la loi qui les régit et l’esprit politique qui les gouverne, le mouvement de la science et, par suite, la direction des études et de toute l’éducation, l’état général qui en résulte, c’est un univers fermé sur lui-même, replié sur lui-même. La nature, rien que la nature, elle se suffit à elle-même. Dès lors le signe propre de notre temps, c’est le « naturalisme ». Rien que la nature. Au diable, le surnaturel.

La nature est indépendante et répulsive à l’égard de l’ordre surnaturel et révélé, à l’égard de Dieu.

« …Possédant en elle-même toutes les lumières, les forces et les ressources nécessaires pour régler toutes choses ici-bas… la nature devient, dans ce système une sorte d’enceinte fortifiée et de camp retranché, la créature s’enferme dans son domaine propre, tout à fait inaliénable ». (Card. Pie)

« En somme, l’homme se suffit à lui-même. Il est sa loi et sa fin, il est son monde et il devient à peu près son Dieu. Il n’y a pas à sortir de son ordre…alors que le catholique ne trouve sa perfection, sa plénitude qu’en Dieu.

C’est pourquoi le monde moderne, vivant de ce naturalisme, est ce qu’il y a de plus opposé au christianisme.

« Le Christianisme dans son essence, est tout surnaturel, ou, plutôt c’est le surnaturel même en substance et en acte. Dieu surnaturellement révélé et connu, Dieu surnaturellement aimé et servi, surnaturellement donné, surnaturellement possédé et surnaturellement goûté, c’est ce que nous enseigne saint Paul dans ce texte aux Romains. Le Christianisme c’est en un mot Dieu possédé, la vie éternelle, c’est Dieu aimé, c’est la filiation divine par la grâce reçue. La nature y est, certes, indispensable, supposée à la base de tout, c’est sur; mais elle y est, partout, dépassée. Le christianisme est l’élévation, l’extase, la déification de la nature créée. C’est la filiation divine. C’est la liberté des enfants de Dieu. Ce que nous dit encore saint Paul !

Le monde moderne, lui, nie, avant tout, ce surnaturel. Il est donc pur antichristianisme en tant qu’il élimine Dieu du monde et de la création. Il est de tout point en opposition à la religion chrétienne.

Ce naturalisme est satanique en ce sens qu’il nie comme Lucifer nia l’ordre divin et surnaturel, ne voulant pas se soumettre à cet ordre.

Quelle fut en effet la pierre d’achoppement pour Satan et ses anges ?

Au dire de tous les théologiens, ce fut le mystère de l’Incarnation. Satan et ses anges refusèrent d’adorer le Verbe de Dieu fait chair, dans l’orgueil de leur nature d’être spirituel. Le Fils unique de Dieu se fit homme ; Il prit un corps et une âme ; il se posa ainsi au centre de la création des esprits et de la matière. Il est devenu ainsi Médiateur, Sauveur, Illuminateur de tout ce qui était, par nature, au-dessus et au-dessous de son humanité sacrée…

Ce prodige et, vraiment, cet excès d’amour divin, cette Incarnation, Oui ! ce fut au sentiment d’un grand nombres de théologiens, le principe et la ruine de Satan…Croire au Fils de Dieu fait homme, espérer en Lui, l’aimer, le servir, l’adorer, être même glorifié en Lui, telle fut la condition du salut. Les deux testaments nous disent que ce précepte s’adressa aux anges comme aux hommes ; il est écrit dans l’un et dans l’autre : « Et adorent eum omnes angeli eius ». Saint Michel en tête, le fit en premier. Quis ut Deus. Satan, lui, frémit à l’idée de se prosterner devant une nature inférieure à la sienne, à l’idée surtout, de recevoir lui-même de cette nature si étrangement privilégiée, le Verbe de Dieu, un surcroît actuel de lumière, de science, de mérite et une augmentation éternelle de gloire et de béatitude. Se jugeant blessé dans la dignité de sa condition native, il se retrancha dans le droit et dans l’exigence de sa nature ; il ne voulut adorer dans un homme, la nature divine, ni accueillir, en lui-même, un surplus de splendeur et de béatitude dérivant de cette humanité déifiée. Au mystère de l’Incarnation, il objecta la création ; à l’acte libre de Dieu, il opposa un droit personnel ; enfin, contre l’étendard de la Grâce, et de son cortège de vertus et de dons, la filiation, la nature divine participée, il leva le drapeau de la nature.

Rien que la nature ! Au diable, alors, - si je puis dire – la glorification de l’homme en Dieu. Au diable, l’espérance eschatologique, sotériologique en le Christ et qu’en le Christ. Il est le seul Sauveur, la seule perfection.

C’est ainsi que tout le travail de l’enfer se traduit fatalement par la haine du Christ et de son Eglise, par la négation de tout l’ordre surnaturel de la grâce et de la gloire.

« Et le point d’où Satan est tombé, c’est celui d’où il veut précipiter les autres créatures. »

Ainsi Adam, dans son péché originel, lui aussi s’est dressé contre Dieu : non serviam. Je ne me soumettrai pas. Je serai à moi-même ma règle, ma loi. Je trouverai en moi-même le bien, décidant du bien et du mal, indépendamment de Dieu et de sa loi et de l’enseignement de son Christ.

S’en tenir à la nature, refuser l’ordre divin de la grâce, autrement dit : séparer le naturel du surnaturel comme le fait aujourd’hui tout laïcisme doctrinal, voilà le péché initial et comme fastidieusement renouvelé, le péché clef, en fait le seul et grand drame du monde contemporain.

Ce principe posé, vous pouvez en voir très facilement toutes les applications politiques actuelles en tous les domaines, de l’éducation nationale à la politique européenne en pensant par tous les problèmes moraux de la bioéthique actuelle. « Exit » Dieu de sa propre créature. « Exit » Dieu de son domaine. « Exit » Dieu de l’éducation, de la morale, des relations politiques. « Exit » Dieu de la famille, des relations sociales…

Nous, au contraire, ouvrons toute grande notre âme à la grâce de Dieu pour qu’Il la rectifie, la purifie, l’ordonne selon son ordre à Lui, l’ordre divin.

Amen.