Assomption de la Sainte Vierge 2017

Fête de l’Assomption de la Sainte Vierge

 

L’Eglise, dans ces hymnes liturgiques, chante, cela ne vous étonnera pas, les différentes fêtes de NSJC, tout comme les fêtes de Notre Dame. Elle consacre trois hymnes à cette fête du 15 août, à ce mystère. Nous allons méditer sur l’hymne des premières Vêpres de cette fête. Elle commence par ces mots : « O prima, Virgo, prodita e Conditoris spiritu »…, « O Vierge, la première issue du souffle du Créateur ». 
Après avoir parlé et exalté la Virginité de ND, puis sa Maternité divine, sa plus grande gloire, « Prédestinée à porter dans ton sein le Fils du Très Haut », ensuite son Immaculée conception :  « Ô Toi, …seule tu es comblée de grâce, intacte dès l’origine », enfin son rôle unique dans le mystère de la Rédemption elle est bien cor-redenptrice : « Dans ton sein, tu conçois la Vie et tu restitues la vie perdue par Adam, en donnant la chair à la Victime divine pour son Sacrifice », Notre auteur en vient dans la quatrième strophe à parler du mystère de ce jour l’Assomption de Notre Dame : «  Merces piaclo debita Devicta mors te deserit, Almique consors Filii ad astra fertis corporis »

« Salaire dû au crime, la mort vaincue s’éloigne de toi ; partageant le sort de ton Fils divin, avec ton corps tu es portée aux cieux ».

« La mort vaincue s’éloigne de toi » « Devicta mors te deserit » en tant que le Christ, par sa Résurrection, vainquit la mort, définitivement. La défaite pour la mort et pour Satan est totale, absolue.

Devicta, c’est le participe passé du verbe « devincere » qui veut dire « vaincre complétement ». « mors te deserit », « deserere » veut dire « abandonner » et dans un sens militaire « déserter ». Ce serait une bonne traduction. La Rédemption fut bien le beau combat du Christ sur le démon  ̶  et quel combat ! ̶  lequel, vaincu, déserta, se retira !

Notre auteur poursuit et confesse enfin le mystère de l’Assomption : « Almique consors Filii ad astra ferris corpore » « Unie de cœur à ton Fils divin, avec ton corps tu es transportée aux cieux »

Cette référence à l’Assomption de Notre-Dame après la claire allusion au triomphe du Christ sur le péché, la mort et sur Satan… par sa Résurrection,  est parfaitement en phase. Elle est parfaitement en situation, elle est même la bienvenue après cette confession du mystère du mal, du mystère du péché et de la mort vaincue par la Résurrection du Christ. La victoire du Christ en sa Résurrection et en son Ascension est la victoire absolue du Christ sur le mal, le péché et la mort. Il fallait aussi que Marie soit associée à cette victoire totale, elle qui fut tellement « unie à son Fils », « almi consors Filii ». Elle qui est la « co-rédemptrice ». Il faudra bien qu’un jour l’Eglise définisse cette vérité !

C‘est la raison que donna Pie XII dans son document définissant ex cathedra le mystère de l’Assomption. En raison de son union à son Fils, toujours constatée dans la vie et de l’enfance et de la vie publique du Christ, et surtout en son mystère de la Croix, elle ne pouvait en être séparée, un seul instant. Elle fut élevée en son corps, en son âme aux cieux pour rester unie à son Fils.

Mais ce qui est fort intéressant chez notre auteur dans cette hymne, c’est qu’il voit en cette Assomption de Marie l’exaltation de la nature humaine, la nôtre. Si Marie connaît l’exaltation de l’Assomption, si elle n’a pas connue la corruption de la chair, nous même nous participerons à cette exaltation de la chair, un jour !

C’est la doctrine exprimée dans la 5ème strophe :

«Resplandissant d’une si  grande gloire, la nature entière est exaltée, appelée en toi à toucher le sommet de toute beauté ».

Cette strophe est une affirmation vraiment émouvante. Cette Assomption est, il est vrai, pour la Vierge Marie, « une gloire immense » : « tanta gloria ». Imaginez ! En son corps et en son âme, elle est exaltée au Ciel ! Elle est dans la cours céleste, auprès de la Trinité Sainte, Reine des Anges et des Archanges. Peut-on imaginer pour Marie une plus grande « gloire ». Elle est louée en raison de sa beauté, de sa bonté ! L’auteur a raison de le confesser, après avoir confessé le triomphe du Christ sur le péché : « Tanta coruscans gloria », resplandissant d’une si grande gloire ». C’est la gloire de la béatitude éternelle. « Coruscans », « coruscus –a –um » qui veut dire « scintillant, brillant ». « Resplandissant d’une si grande gloire », c’est bien traduit.

Mais ce n’est pas seulement le Christ et Notre-Dame qui connaissent cette victoire et cette gloire  ̶  et au prix de quelles peines  ̶  mais c’est aussi la nature humaine tout entière qui participe, participera, en Notre Seigneur et Notre-Dame, de cette exaltation, de cette gloire : « la nature humaine entière est exaltée » « natura cuncta extolletur ».

« Exaltation » que notre auteur appelle, dans la finale de la strophe : « le sommet de toute beauté » « omnis decoris ». Quel fondement de notre espérance !

« appelée en toi à toucher le sommet de toute beauté »

« Cette exaltation de la nature humaine, sommet de toute beauté » est, en effet, un objet de notre Credo. Nous croyons, de fait, à la résurrection de la chair et à son exaltation dans le ciel. Et cette foi est fondée sur la propre résurrection du Christ. « Si les morts ne ressuscitent point, dit très bien l’Apôtre saint Paul, Jésus-Christ non plus n’est point ressuscité ; par conséquent, notre prédication est vaine, et notre Foi est vaine aussi ». Cette exaltation est fondée aussi sur les propres résurrections opérées par Jésus. En effet, Jésus-Christ, nous le savons, a ressuscité Lui-même, par sa puissance divine, de nombreux morts, le fils de la veuve à la porte de Naïm, son ami Lazare... Toutes ces résurrections confirment notre foi. Si nous croyons que ces morts ont été rappelés à la vie, pourquoi ne pas croire également que tous nous le seront un jour ? Oui, je crois au dogme de la Résurrection des corps qui a pour lui, dans l’Ecriture, de nombreux témoignages. Je me rappelle la dispute de Notre Seigneur avec les Sadducéens où Jésus conclut qu’à la résurrection des corps, les hommes « sont comme des anges de Dieu dans le ciel. Quelle exaltation de la nature humaine, sommet de toute beauté ! Et Jésus ne disait-il pas aux Juifs  que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ». (Mt 22 32-33). On peut ajouter, entre autres, les paroles de Jésus en saint Jean : «l’heure vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix. Et ils en sortiront, ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie (in resurrectionem vitae) ; ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de condamnation… ». Saint Paul, fidèle à son Maître, ne disait-il pas « le corps est semé dans la corruption, et il ressuscitera incorruptible ».Quelle exaltation de la nature humaine !

Notre auteur dit de même au sujet de « la nature humaine » « qu’elle est exaltée », « au sommet de toute beauté » : « natura cuncta extolletur ». Il dit vrai ! Car nos corps, qui étaient auparavant sujets à la mort, deviendront immortels, dès qu’ils auront été rappelés à la vie. on sait par l’Ecriture Sainte que les élus possèdent, possèderont des qualités très brillantes qui les rendront bien plus excellents qu’ils n’étaient auparavant, « au sommet de toute beauté ». Je veux parler de l’impassibilité, c’est-à-dire de ce don précieux qui les préserve, préservera de toute espèce de mal, de douleur. « Le corps est semé corruptible, dit l’Apôtre, il se relèvera incorruptible ». Et puis de la clarté qui rendra les corps des Saints aussi brillants que le soleil, Notre Seigneur l’affirme nettement dans saint Matthieu (Matt., 13, 43). Et saint Paul est bien fidèle à son Maître lorsqu’il utilise, pour décrire cette situation, le mot de clarté, le mot de gloire. Jésus-Christ, dit-il, reformera notre corps vil et abject, en le rendant semblable à son Corps glorieux. Et cette clarté n’est qu’un rayon de la souveraine félicité de l’âme rejaillissant sur le corps tout entier, et le corps sera heureux du bonheur de l’âme, comme l’âme n’est heureuse que parce qu’elle participe à la félicité même de Dieu. Pour décrire cette « exaltation de la nature humaine », je parlerai volontiers de l’agilité et de la subtilité, qualités qui ne peuvent que confirmer « cette merveilleuse exaltation » de la « nature humaine ».

L’exaltation de la « nature humaine » est pour nous l’occasion de lancer des louanges continuelles, à la Bonté et la Clémence de Dieu. Car toutes ces merveilles, « ce sommet de toute beauté » ne sont pas dus à nos mérites, mais à sa seule miséricorde et à sa toute-puissance qu’Il fait éclater d’abord dans le mystères de l’Assomption de Notre-Dame, preuve de l’Exaltation de la nature humaine qui touche le sommet de toute beauté. C’est ce que notre auteur confesse dans la finale de cette strophe.

Cette exaltation de la nature humaine est telle que l’on comprend que notre auteur puisse exprimer sa prière dans sa 6ème strophe : « Dans ton triomphe, Ô Reine, tourne les yeux vers nous pour que, de notre exil, nous puissions, sous ta protection, obtenir la bienheureuse patrie du ciel »

Notre auteur, très humain, sait que nous qui sommes encore dans « cette vallée de larmes », nous sommes soumis au combat spirituel contre les puissances de l’enfer. Nous n’avons pas encore obtenu le ciel, ni cette exaltation dans la gloire. La gloire est encore à venir. Elle est peut-être première dans l’ordre de la pensée. Elle est ultime dans l’ordre de l’exécution. Il nous faut combattre avec fidélité. Saint Pierre nous le dit, tous les soirs, dans le chant des Complies. Aussi avons-nous besoin de l’aide surnaturelle, de l’aide de Notre-Dame. Elle, elle a déjà triomphé « triumphans »… Nous, nous sommes encore en « exil » « exsules ». Ces mots, mis côte à côte, augmentent la force de l’idée exprimée : elle triomphe, nous nous sommes encore « au travail, dans le labeur ». Elle est Reine et donc toute-puissante ; nous, nous sommes encore à nous débattre. Nous avons besoin d’aide et de soutien. Qu’elle tourne alors ces regards « verte lumina » : « verte » est un impératif. C’est un appel suppliant, intense. « Lumina ». C’est très beau. « Lumen » a mille sens ; il veut dire « lumière », mais aussi « vie », « regard » « éclat », « ornement », « gloire », « clarté » et même « salut ». Ce sont tous les sens que donne le dictionnaire le Bornec. Il me semble que tous ces sens conviennent parfaitement au « regard » de Marie. « Son regard » est « une lumière », on l’appellera « étoile de la mer » pour guider le marin dans les tempêtes. Et sous ce rapport, on peut dire qu’elle est « le salut » du voyageur, du pêcheur, du « naufragé ». Son « regard » est « une gloire ». Les yeux sont la gloire d’un visage, par leur éclat ; nul doute que le regard de Marie devait être étincelant. Alors ses yeux étaient l’« ornement » de son visage. Qu’elle tourne « vers nous » « ad nos », ses yeux, dans tous les sens du mot, pour qu’elle soit notre « lumière », notre « guide », « notre salut », notre « émerveillement » pour que nous marchions vers le Ciel avec allégresse : « pour que, de notre exil, nous puissions, sous ta protection, obtenir la bienheureuse patrie du ciel », « caeli ut beatam patriam, Te, consequamur, auspice » : « Auspice » est ici traduit par « sous ta protection ». Ce n’est pas mal. Mais je traduirais plus volontiers par « sous ton commandement », « sous ta direction ». Notre-Dame, dans la pensée de l’auteur, est vraiment impliquée dans le salut du genre humain.

7ème strophe

« Jesu, tibi sit gloria Qui natus es de Virgine, Cum Patre et almo Spiritu, In sempiterna saecula »

« Ô Jésus, à vous soit la gloire, qui êtes né de la Vierge, avec le Père et l’Esprit Saint, aux siècles des siècles ».