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Des vacances chrétiennes

Chers amis, les vacances vont nous apporter ces temps de loisirs et de détente, qui sont légitimes, et souvent nécessaires au bon équilibre de notre vie. En effet le corps et les facultés de l'âme en ont besoin, en raison des conditions concrètes de la vie humaine dans le monde d'aujourd'hui, nous ne le savons que trop. Ces moments de repos doivent nous permettre avant tout de recréer notre âme, de la restaurer, de lui donner des forces neuves, de lui assurer les conditions d'une liberté nouvelle au service de Dieu.
 
Ainsi les vacances ne peuvent pas être une période de laisser-aller spirituel, d'oubli de Dieu, de paresse, et de relâchement moral. Et pas davantage un temps d'agitation et d'activités incessantes. L'esprit a plus besoin de vacances que le corps. Chers amis, nos vacances doivent être authentiquement chrétiennes, ou ne pas être du tout. Pas plus que les époux ne peuvent avoir de dispense à leurs devoirs de fidélité et d'amour mutuel pendant les semaines estivales, pas plus que les enfants ne peuvent obtenir de pause à leurs devoirs filiaux pendant les vacances, pas plus nous ne pouvons pendant l'été oublier nos devoirs de reconnaissance et d'amour envers le Seigneur. Ainsi, puisque nous disposons d'un peu plus de temps en été, profitons-en pour donner une place plus grande à Notre Seigneur dans notre vie, par la prière intérieure, par la lecture méditée, par le recours fréquent aux sacrements, spécialement la confession. Il faut que notre amour pour Lui soit plus fort et plus fervent au retour de nos vacances, et que notre intimité avec Lui soit plus profonde : Jésus est la  seule source de la Paix et de la Joie, et donc du vrai repos de notre âme. Sachons bien que le relâchement spirituel et moral ne repose pas ; au contraire il épuise l'âme, en l'engageant dans le désordre et l'agitation qui mettent en péril notre équilibre intérieur, que les vacances sont là précisément pour restaurer, et non pour altérer.
 
Essayons d'avoir, pendant chaque jour des vacances, un emploi du temps où chaque activité est prévue. Que pas une journée ne se termine sans la prière en famille, c'est elle qui sauvegarde les vacances chrétiennes. Il faut privilégier les activités familiales, qui permettent de resserrer les liens de charité et d'affection entre tous. Que les parents s'efforcent de passer du temps auprès de leurs enfants, pour mieux les connaître, mieux leur communiquer le véritable esprit chrétien, mieux établir cette communion d'âme qui prélude aux ascensions vers les sommets. Il sera possible de donner, à quelques unes des soirées familiales des vacances, une marque plus religieuse, où les enfants constateront, pour leur édification, le souci qu'ont leurs parents de l'élévation chrétienne de toute la famille.
 
Enfin veillons bien, spécialement pendant l'été, à ne pas fréquenter les églises dans des tenues relâchées ou immodestes, mais au contraire avec des vêtements propres et soignés. Pensons que nous allons nous trouver en présence de Notre Seigneur, Dieu Lui-même, au tabernacle. La bonne tenue favorise beaucoup le respect envers la maison de Dieu, et le respect les uns avec les autres.
 
Je vous souhaite, de tout cœur, de bonnes et saintes vacances, pleinement reposantes pour le corps, mais aussi pour l'âme, et donc des vacances chrétiennes véritables !  Que le Seigneur Jésus-Christ vous bénisse et vous protège.
 
Abbé B. Tignères
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Le mois de Marie

Bien chers amis, en ce mois de mai, l'Eglise désire que nous nous rapprochions de la Vierge Marie. Parce que le culte de la Vierge immaculée est au centre de notre sanctification. En effet, soyons sûrs que le degré de la grâce sanctifiante en nous dépend de notre rapprochement de la Vierge Marie, puisqu'elle est la Médiatrice de toutes les grâces, que toute grâce nous est donnée par elle. Et il faut reconnaître que nous nous tournons encore trop peu vers elle, que nous sommes encore bien loin de cette vie constante avec elle, cette vie mariale qui doit nous saisir et mettre son empreinte sur notre âme. Alors, que tout l'effort de notre vie spirituelle pendant ce mois de mai, et bien sûr au delà, soit de tendre à "s'approcher d'elle, à être à elle" ( selon la belle formule de saint Maximilien Kolbe ), pour s'approcher vraiment de Dieu, et finir par être à Lui totalement :

S'approcher de la Vierge Marie, la connaître de mieux en mieux, imiter ses vertus (sa douceur, son humilité, sa pureté), s'identifier à elle, l'aimer toujours davantage, lui permettre d'envahir notre cœur et tout notre être, pour qu'elle vive et agisse en nous, que nous lui appartenions sans limites, tel doit être notre idéal ! "S'approcher d'elle et vivre dans le rayonnement de sa présence" (Pie XII, Alloc. 29-09-1957).
 
Et être à elle, puisque la Vierge immaculée est notre mère, et la Mère de Dieu, nous devons être sa propriété. Il faut que nous désirions être possédés par elle, afin qu'elle même pense, parle, et agisse en nous ; lui appartenir tellement qu'il ne reste rien en nous qui ne soit pas à elle, pour que nous soyons comme anéantis en elle, qu'il ne reste plus qu'elle ; et que nous soyons à elle. Là où elle n'est pas, il n'y a pas Dieu non plus, ni donc Jésus. Mais là où elle est, il y a la Trinité Sainte, et donc Jésus, puisque la Vierge immaculée est tellement unie à Dieu que ce qui est à elle est à Dieu.
 
Pendant ce mois qui lui est consacré, prions pour que nous soyons toujours plus près d'elle, et que nous soyons toujours plus à elle. Qu'elle nous serre contre son cœur immaculé, et que nous ne puissions jamais parvenir à nous séparer d'elle, pour que le Seigneur Jésus soit en nous, et que soyons en Lui, jusqu'à la fusion de notre vie avec Sa vie. Vous voyez, il est nécessaire que nous portions, dans la physionomie de notre âme, la ressemblance avec la Vierge Marie, pour que, comme le dit le pape Pie XII, nous puissions "faire passer, à travers un monde enveloppé dans les ténèbres, des faisceaux de sa lumière, et le parfum d'une pureté sans tache" ( Alloc. 8-12-1953).
 
Bien chers amis, si nous n'arrivons pas, pauvres que nous sommes, à exprimer ces considérations à la Vierge sainte, il nous suffit de les faire nôtres, et d'en désirer les fruits, en égrenant notre chapelet : nos "Ave Maria" porteront nos saints désirs à la Vierge Marie, bien mieux que nos faibles paroles. Et la puissance divine de cette prière nous unira à elle, et au Seigneur, pour toujours.
 
Je vous bénis, et vous porte dans mon cœur.
 
Abbé B. Tignères.
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Notre Carême, joie intime

Chers amis, revoici le Carême ! Cette longue retraite de l'Eglise, ce long pélerinage de quarante jours jusqu'à Pâques. Je voudrais vous préciser les dispositions qui doivent être les nôtres, pour que nous vivions un Carême de conversion véritable, et de sainteté.
 
Nous devons être tout d'abord davantage préoccupés du souvenir des souffrances du Seigneur, parce que le Carême se rapporte tout entier au grand mystère de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et au souvenir de tant de douleurs, de tant d'humiliations endurées pour nous et pour notre salut, nous devons désirer aimer le Seigneur davantage, et le Lui prouver par des œuvres, puisque l'amour se prouve par des œuvres. Oui, l'amour se prouve par des œuvres, sinon il n'est qu'un mot que le vent emporte, le vent de notre inconstance, et peut-être de notre superficialité. Et ces œuvres sont les œuvres de pénitence. Avant de vous dire quelles sont ces œuvres, je vous rappelle la signification de la pénitence :
 
La pénitence est une vertu surnaturelle ( c'est-à-dire qui demande la grâce de Dieu pour être pratiquée), qui comprend trois actes : La contrition ( c'est-à-dire le regret, la douleur de ses péchés ), le ferme propos ( c'est-à-dire la résolution d'éviter désormais le péché, et les occasions de péché ), et enfin la réparation ( c'est-à-dire l'expiation de ses péchés, et de ceux d'autrui ) par les œuvres de pénitence.
 
Oui l'amour de Jésus se prouve par les œuvres de pénitence, parce que celui qui aime vraiment le Seigneur a le désir de participer à ses souffrances. Et Jésus veut continuer en nous sa Passion, pour nous associer à sa Croix, pour nous faire participer à son œuvre rédemptrice, pour faire de nous ses collaborateurs dans la plus sublime de ses œuvres, qui est le salut des âmes. Jésus, qui aurait pu accomplir son œuvre seul, a voulu avoir besoin de nous. Voilà pourquoi faire pénitence, c'est-à-dire vouloir souffrir avec le Christ, est une exigence de la vie d'union au Christ. On ne peut pas être l'intime du Christ, on ne peut pas aimer Jésus, si on ne monte pas avec Lui sur la Croix. La souffrance a valeur surnaturelle seulement lorsqu'on souffre avec le Christ, et pour Lui. C'est Jésus qui sanctifie nos peines et nos douleurs : Des peines, des douleurs, acceptées, et mieux encore aimées, et vécues pour l'amour de Jésus-Christ, deviennent aussitôt précieuses, capables de réparer nos péchés, et même de racheter et de sanctifier les âmes, elles deviennent ainsi le prolongement de la Passion du Christ, et c'est ce que Jésus veut. 
      Alors qu'elles sont ces œuvres de pénitence que le Seigneur veut que nous fassions, en tous temps bien sûr, et particulièrement pendant le Carême ? Sachons que la pénitence du Carême ne se réduit pas à jeûner. Certes le jeûne en est bien une partie, les vendredis notamment, mais ce n'est pas la partie principale, ni la plus essentielle. La première pénitence sera toujours le support patient des adversités de la vie, l'acceptation de nos épreuves avec patience et douceur. Et l'accomplissement fidèle du devoir d'état, dans toutes ses exigences. Ne pensons pas faire vraiment pénitence si nous négligeons le devoir d'état, ou si nous murmurons sans cesse contre la Providence de Dieu.
 
Et puis faire pénitence, c'est aussi combattre et mortifier notre amour propre, sous toutes ses formes, parce que le fond de la pénitence chrétienne, c'est d'être humble, et donc plus doux, plus patient, plus indulgent, plus compatissant aux faiblesses d'autrui. Parlons beaucoup moins librement des défauts des autres, et cessons d'avoir la critique aussi facile, aussi sévère, et aussi légère. Nous taire, sauf nécessité du devoir : cesser bavardages, cancans, médisances, rumeurs, curiosités... Nous taire, enfin.
 
N'oublions pas non plus que parmi les œuvres de pénitence, les œuvres de charité tiendront toujours une grande place : charité d'abord envers ceux avec qui nous vivons quotidiennement, charité auprès des malades, des personnes âgées, des personnes isolées, des chrétiens persécutés dans le silence des belles consciences de ce monde, de tous ceux qui souffrent.
 
Chers amis, les œuvres de pénitence du Carême, c'est aussi faire un effort important pour la prière, spécialement la prière intérieure, la lecture méditée, l'oraison. Et aussi lire l'Ecriture Sainte, surtout les Évangiles ( la Passion ), l' "Imitation de Jésus-Christ". Et recevoir les sacrements plus souvent, et donc la grâce de Notre-Seigneur ; comment pouvons-nous nous confesser si peu ? Sommes-nous déjà saints ? La confession c'est le Sang de Jésus, c'est le fruit de l'amour du Coeur  de Jésus pour nous sur la Croix.
 
Faisons aussi un effort pendant le Carême sur la messe en semaine, si nous le pouvons, si la distance et notre devoir d'état nous le permettent ; sinon essayons au moins de lire et méditer la messe du jour, puisqu'en Carême l'Église nous offre quotidiennement une messe propre, qu'elle a composée pour nous faire monter peu à peu vers Pâques, profitons-en.
 
Enfin le Carême est aussi un temps de grâce pour couper avec l'oisiveté et la paresse, pour nous détacher de certaines affections désordonnées pour ce monde, les tentations, tout ce temps passé sans utilité réelle avec nos ordinateurs, nos téléphones, avec ces habitudes et ces esclavages de toutes sortes. Tout cela chers amis, croyez le bien, étouffe la grâce de Jésus en nous, l'empêche de grandir, cette grâce qui Lui a coûté tout son Sang.
 
Quant au jeûne, sauf le Vendredi Saint où il est obligatoire, et les autres vendredis de Carême si nous le pouvons, ne le faisons que si, et seulement si, nous avons le ferme désir d'observer tous les conseils précédents. Ainsi ce jeûne trouvera son sens. Mais un jeûne pratiqué de façon extérieure, sans suivre ces  recommandations, portera peu de fruits, sachons le bien. 
 
Alors, au seuil de ce Carême, que Dieu et la Vierge Marie bénissent nos efforts, qui sont destinés à prouver notre amour au Seigneur. Oui la pénitence est la preuve de l'amour. Et pour cette raison elle doit être notre joie intime, qui balaie toute tristesse, cette joie que le monde ne peut ni donner ni comprendre, puisque cette joie vient de l'Esprit-Saint, de la vie de Dieu qui grandit en nous, pour notre bonheur dès ici-bas, en attendant le bonheur du Ciel.
 
Abbé Bruno Tignères
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Regardez comme ils s'aiment !

Abbé Bruno TignièresChers amis, les fêtes de Noël et de l'Épiphanie veulent nous faire comprendre que Notre Seigneur Jésus-Christ, parce qu'il est vrai Dieu et vrai homme, est "l'unique médiateur entre Dieu et les hommes" ( 1 Tim. II,5 ). Et qu'il n'y a pas de rédemption possible, pas de vie surnaturelle, pas de vie de la grâce, sinon pour celui qui vit en Lui, comme greffé sur Lui : c'est le grand mystère de notre incorporation au Christ, que le Seigneur Lui-même a révélé à ses apôtres la veille de sa Passion "Demeurez en Moi, et Moi en vous"( Joan. XV, 1-4 ). Si le saint Baptême suffit pour être greffé sur le Christ, comme un sarment sur la vigne, il est bien certain que vivre d'amour, vivre en chrétien, exige de rendre à Jésus amour pour amour : nous devons appliquer toutes nos forces, toute notre volonté, tout notre cœur, à vivre pour Lui, avec Lui, et en Lui. Plus le petit rameau que nous sommes puisera en Lui le suc de la vie divine, et plus nous porterons des fruits pour la gloire de Dieu et la joie du Cœur de Jésus ( Jean. XV, 8 ).


C'est sur ces réalités de notre union avec le Seigneur Jésus qu'est fondée la magnifique doctrine du Corps Mystique du Christ, dont Jésus est la tête, et nous les membres, selon l'enseignement de saint Paul : "...vous êtes le corps du Christ et membres les uns des autres " ( 1 Cor. XII, 12-27). Ainsi, incorporés au Christ, nous ne formons qu'un seul corps avec Lui, et vivons de Sa Vie divine, qui est la vie éternelle. Et ce corps est le Corps Mystique du Christ, "qui est l'Eglise" ( Col. 1, 24). Jésus est la Tête de ce Corps, comme le dit saint Paul : " Le Christ est le Chef de l' Église... Le Christ est le Sauveur de l'Eglise, qui est son Corps " ( Eph. V, 23 ). C'est ce qu'enseigne de façon admirable le pape Pie XII dans l'encyclique "Mystici Corporis" : "Jésus-Christ fait vivre l'Eglise de sa vie surnaturelle, Il pénètre tout ce Corps de sa vertu divine et Il alimente, Il entretient chaque membre... comme la vigne nourrit les sarments qui lui sont attachés et les rend féconds ".


Chers amis, que l'Esprit-Saint nous aide à mieux comprendre ce fait, qui a l'autorité de la Révélation,et qui doit transformer nos vies : nous sommes unis à Jésus et nous vivons de Sa Vie. Cette union est mystérieuse, mais elle n'est pas symbolique, ou métaphorique, elle est bien réelle, surnaturelle, d'une réalité qui surpasse toutes les autres. Et c'est le même Esprit-Saint justement, "l'âme de l'Eglise", qui est ce lien qui nous vivifie et nous unit tous les uns aux autres, tous les membres du Christ, en répandant en nous la grâce et la charité, pour que nous soyons de plus en plus conformes à Jésus, notre Sauveur, et notre Rédempteur. Cette réalité, c'est celle de la grâce, de la vie divine, et, si nous avons le bonheur de garder ce trésor qui est le fruit de l'Amour de Jésus pour nous,  le fruit de Sa Passion, alors elle demeurera pour l'éternité la source de notre béatitude, puisque la grâce est le germe de la gloire.


Chers amis, puisque nous sommes tous membres du Christ Jésus, que nous vivons de la même vie, Sa Vie, que cette Vie est Charité, aimons-nous toujours davantage les uns les autres. C'est notre gloire et notre grandeur, dépassant infiniment toutes les dignités et les honneurs terrestres. Que les ténèbres du monde, dont parle le Prologue de l'Evangile de saint Jean, puissent dire des chrétiens et de la sainte Eglise catholique, comme aux temps anciens : "Regardez comme ils s'aiment, regardez leur joie, là est le vrai Dieu, là est la vérité". C'est notre voeu le plus cher. Heureuse et sainte année 2019 à chacun de vous. Je vous bénis de tout cœur.

Abbé B Tignères

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Le mystère de la Croix

Chers amis, nous entrons dans la Semaine Sainte, et je voudrais, avec la grâce de Dieu, que nous nous approchions des sentiments qui furent ceux du Seigneur Jésus pendant les heures de sa Passion, et cela pour L'aimer davantage. Nous devons le faire avec la volonté de nous associer à ses souffrances, par l'esprit de pénitence : En souffrant avec Lui, nous comprendrons mieux ses souffrances et son amour pour nous, parce que, comme le dit l' "Imitation de Jésus-Christ" ( II ; XII, 4 ) : "Personne ne sent plus profondément dans son cœur la Passion du Christ que celui qui aura souffert quelque chose de semblable".

Dès l'Agonie au Jardin des Oliviers, l'âme sainte de Jésus est plongée dans une angoisse inexprimable. Jésus est déjà seul, dans la désolation la plus extrême, sans la moindre consolation, ni du côté de Dieu, ni du côté des hommes. Il sent peser sur Lui tous les péchés des hommes, et donc les nôtres. Même si le Seigneur, parce qu'Il est Dieu, a gardé la vision béatifique pendant sa Passion, néanmoins, en tant qu'homme, Il se sent comme rejeté par son Père, "frappé de Dieu et humilié" ( Is. LIII,4). C'est ce que manifestent la terrible sueur de Sang, mais aussi la plainte : "mon âme est triste à en mourir" ( Mt, XXVI,38), ainsi que le cri d'angoisse de la nature humaine : "Père, s'il est possible, éloignez de Moi ce calice", cri qui se perd cependant dans le cri de la conformité parfaite de la volonté du Christ avec celle de son Père : "Toutefois, non pas comme Je veux, mais comme Vous voulez" ( Mt, XXVI,39).
 
L' Agonie au Jardin est suivie du baiser de la trahison de Judas, de l'arrestation, des interrogatoires nocturnes par les Grands-Prêtres, des insultes des soldats qui soufflettent Jésus, Lui crachent au visage, Lui voilent les yeux, tandis que, dans la cour extérieure, Pierre Le renie. Après cette terrible nuit, les interrogatoires reprennent à l'aube, avec leurs fausses accusations, puis commencent les courses 
d'un tribunal à l'autre ( de Caïphe à Pilate, de Pilate à Hérode, et d'Hérode à Pilate), suivies de l'horrible flagellation, du couronnement d'épines, et enfin de la présentation du Fils de Dieu, vêtu comme un roi de théâtre, à la foule qui hurle : "Non pas Lui mais Barabbas". A l'adresse du Seigneur, la populace vocifère : "Crucifiez-Le, Crucifiez-Le" ( Lc,XXIII,18 et 21). Chargé du bois du supplice, Jésus épuisé est conduit jusqu'au Calvaire et crucifié entre deux larrons. C'est une incroyable somme de souffrances physiques et morales, qui atteignent leur paroxysme lorsque Jésus, agonisant sur la Croix, s'écrie: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M'avez-vous abandonné ?" ( Mt, XXVII,46). Or Jésus est toujours Dieu, et, comme tel, parfaitement uni à son Père. Si Jésus a prononcé cette parole, qui montre une souffrance infinie, c'est parce qu'Il a pris sur Lui le lourd fardeau de nos péchés, qui se dressent, comme une barrière de division morale, entre Lui et son Père. Bien que son Humanité reste toujours unie personnellement au Verbe, elle est privée, dans ces instants, de tout réconfort et de tout soutien divin, et elle sent peser sur elle toute la malédiction due au péché : "Le Christ nous a rachetés de la malédiction, s'étant fait malédiction pour nous" ( Gal. III,13). Nous touchons ici le fond de l'abîme de la Passion de Jésus, les souffrances les plus atroces qu'Il a embrassées pour notre salut. Et toutefois, même au sein des plus cruels tourments, c'est l'abandon total qui domine nettement dans la sainte âme humaine du Seigneur : "Père, en vos mains Je remets mon esprit" (Lc, XXIII,46). Jusqu'à l'instant suprême de la mort, le Seigneur Jésus reste notre modèle, dans sa soumission à la volonté divine, et son abandon confiant.
 
Dès que Jésus eut rendu le dernier soupir, "le voile du Temple se déchira, la terre trembla, les rochers se fendirent, les tombeaux s'ouvrirent, et beaucoup de morts ressuscitèrent", au point que "ceux qui étaient là furent saisis d'une grande crainte, et dirent : Cet Homme était vraiment le Fils de Dieu" ( Mt, XXVII, 51-54). Oui Jésus est Dieu. Et la mort du Christ commence aussitôt à se manifester telle qu'elle est en réalité, c'est-à-dire non une défaite, mais la plus grande des victoires, la victoire sur le péché, sur la mort éternelle, conséquence du péché, la victoire dont la Croix est le trophée ; et cette victoire, rendue parfaite et définitive par la Résurrection du Seigneur au matin de Pâques, rend aux hommes la vie de la grâce, la vie surnaturelle, qui nous ouvre les portes du Ciel(1).
 
Chers amis, ouvrons enfin les yeux de notre âme, et voyons clairement tout ce que le Seigneur a voulu faire pour nous par amour, et que cela transforme nos vies, que nous ne soyons plus jamais les mêmes à la fin de ce Carême, que nous décidions d'aimer vraiment le Seigneur, en renonçant au péché commis délibérément, et à notre égoïsme, pour devenir fervents, pour nous unir à Dieu, par l' imitation du Seigneur Jésus, et le don de soi, chacun dans notre état de vie. Et profitons des grâces de la Semaine Sainte en nous confessant avec foi, confiance, et grande piété.
 
Toujours bien uni à vous par la prière à toutes les intentions que vous me confiez, je vous bénis de tout cœur, bonne Semaine Sainte.
 
Abbé B Tignères
 
 
(1) P. Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, OCD, "intimité divine".
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Les sacrements sont des trésors

Abbé Bruno Tignières

Chers amis, les sacrements, vous le savez par votre catéchisme, sont les signes de réalités sacrées, ce sont des signes sensibles qui produisent ce qu'ils signifient, c'est-à-dire la grâce, la vie divine, la vie du Ciel. Les Pères de l’Église ont souvent appelé les sacrements "mysterium", les mystères. Oui, que des signes sensibles, des paroles, communiquent la vie divine, conduisent au bonheur éternel, c'est assurément un grand mystère. Et ce mystère ne peut s'expliquer que par le lien intime, profond, essentiel, des sacrements avec la Passion de Notre-Seigneur, cause de la grâce, et dont ils sont le fruit : La vie divine que nous recevons dans les sacrements est donc le fruit du Sang de Jésus-Christ.

Chers amis, je vous le dis avec insistance, je voudrais que nous réfléchissions davantage à ces réalités sublimes que sont les sacrements, pour nous en émerveiller, et les recevoir avec des âmes mieux disposées, spécialement lorsque nous communions, et lorsque nous nous confessons. Si Jésus a institué les sacrements, c'est parce qu'Il a voulu que sa grâce, sa vie divine, absolument nécessaire pour aller au Ciel, nous soit dispensée par eux. Et pour nous mériter ce don, Il a souffert sa Passion, en mourant sur la Croix ; pensons-y avec plus d'amour, de ferveur, et de résolution.
 
Comprenons bien que la réception de la grâce se fait selon ce principe : "tout ce qui est reçu est reçu selon la capacité (et donc selon les dispositions) de celui qui le reçoit".  Alors si nous aimons vraiment le Seigneur Jésus-Christ, si nous avons quelque reconnaissance au souvenir de tant de souffrances endurées pour nous, nous aurons à cœur de mieux nous préparer à recevoir la vie divine de Jésus :
  • Pour communier, outre l'état de grâce (exigé pour éviter un sacrilège), nous veillerons à être animés d'une foi vive en la présence réelle du Christ sous les saintes espèces, d'un désir ardent de recevoir Notre-Seigneur dans notre cœur, avec une profonde humilité, et modestie dans notre tenue extérieure.
  • Pour nous confesser validement et fructueusement, nous devons avoir : la contrition ( le regret, la douleur des péchés), parfaite si elle naît de l'amour filial de Dieu ; le ferme propos ( l'intention résolue, avec l'aide de la grâce, de ne plus commettre de péchés délibérés, et d'en fuir les occasions); l'accusation humble et sincère de tous les péchés graves, dans l'intention de recevoir l'absolution. Il convient aussi, après avoir reçu le pardon des péchés, d'effectuer la pénitence, œuvre imposée par le confesseur pour expier la peine temporelle méritée par le péché.
Bien entendu, toutes ces dispositions pour communier ou nous confesser mériteraient d'être précisées, pour  rendre leur exercice plus parfait. C'est ce que nous ferons pendant les prédications du Temps de la Septuagésime et du Carême, soyez y attentifs. Cela peut se faire aussi par un entretien individuel, je suis toujours à votre disposition.
 
Chers amis, aimons le Seigneur en perfectionnant les dispositions avec lesquelles nous recevons sa grâce divine, lors de nos communions et de nos confessions.  Nous nous préparerons ainsi à faire un bon Carême. Oui les sacrements sont des trésors, si nous pouvions mieux le comprendre et le mettre en pratique, avec la grâce de Dieu ; c'est le vœu que je forme, en vous bénissant de tout cœur dans le Seigneur Jésus.
 
Abbé Bruno Tignères.
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