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Le mystère de la Croix

Chers amis, nous entrons dans la Semaine Sainte, et je voudrais, avec la grâce de Dieu, que nous nous approchions des sentiments qui furent ceux du Seigneur Jésus pendant les heures de sa Passion, et cela pour L'aimer davantage. Nous devons le faire avec la volonté de nous associer à ses souffrances, par l'esprit de pénitence : En souffrant avec Lui, nous comprendrons mieux ses souffrances et son amour pour nous, parce que, comme le dit l' "Imitation de Jésus-Christ" ( II ; XII, 4 ) : "Personne ne sent plus profondément dans son cœur la Passion du Christ que celui qui aura souffert quelque chose de semblable".

Dès l'Agonie au Jardin des Oliviers, l'âme sainte de Jésus est plongée dans une angoisse inexprimable. Jésus est déjà seul, dans la désolation la plus extrême, sans la moindre consolation, ni du côté de Dieu, ni du côté des hommes. Il sent peser sur Lui tous les péchés des hommes, et donc les nôtres. Même si le Seigneur, parce qu'Il est Dieu, a gardé la vision béatifique pendant sa Passion, néanmoins, en tant qu'homme, Il se sent comme rejeté par son Père, "frappé de Dieu et humilié" ( Is. LIII,4). C'est ce que manifestent la terrible sueur de Sang, mais aussi la plainte : "mon âme est triste à en mourir" ( Mt, XXVI,38), ainsi que le cri d'angoisse de la nature humaine : "Père, s'il est possible, éloignez de Moi ce calice", cri qui se perd cependant dans le cri de la conformité parfaite de la volonté du Christ avec celle de son Père : "Toutefois, non pas comme Je veux, mais comme Vous voulez" ( Mt, XXVI,39).
 
L' Agonie au Jardin est suivie du baiser de la trahison de Judas, de l'arrestation, des interrogatoires nocturnes par les Grands-Prêtres, des insultes des soldats qui soufflettent Jésus, Lui crachent au visage, Lui voilent les yeux, tandis que, dans la cour extérieure, Pierre Le renie. Après cette terrible nuit, les interrogatoires reprennent à l'aube, avec leurs fausses accusations, puis commencent les courses 
d'un tribunal à l'autre ( de Caïphe à Pilate, de Pilate à Hérode, et d'Hérode à Pilate), suivies de l'horrible flagellation, du couronnement d'épines, et enfin de la présentation du Fils de Dieu, vêtu comme un roi de théâtre, à la foule qui hurle : "Non pas Lui mais Barabbas". A l'adresse du Seigneur, la populace vocifère : "Crucifiez-Le, Crucifiez-Le" ( Lc,XXIII,18 et 21). Chargé du bois du supplice, Jésus épuisé est conduit jusqu'au Calvaire et crucifié entre deux larrons. C'est une incroyable somme de souffrances physiques et morales, qui atteignent leur paroxysme lorsque Jésus, agonisant sur la Croix, s'écrie: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M'avez-vous abandonné ?" ( Mt, XXVII,46). Or Jésus est toujours Dieu, et, comme tel, parfaitement uni à son Père. Si Jésus a prononcé cette parole, qui montre une souffrance infinie, c'est parce qu'Il a pris sur Lui le lourd fardeau de nos péchés, qui se dressent, comme une barrière de division morale, entre Lui et son Père. Bien que son Humanité reste toujours unie personnellement au Verbe, elle est privée, dans ces instants, de tout réconfort et de tout soutien divin, et elle sent peser sur elle toute la malédiction due au péché : "Le Christ nous a rachetés de la malédiction, s'étant fait malédiction pour nous" ( Gal. III,13). Nous touchons ici le fond de l'abîme de la Passion de Jésus, les souffrances les plus atroces qu'Il a embrassées pour notre salut. Et toutefois, même au sein des plus cruels tourments, c'est l'abandon total qui domine nettement dans la sainte âme humaine du Seigneur : "Père, en vos mains Je remets mon esprit" (Lc, XXIII,46). Jusqu'à l'instant suprême de la mort, le Seigneur Jésus reste notre modèle, dans sa soumission à la volonté divine, et son abandon confiant.
 
Dès que Jésus eut rendu le dernier soupir, "le voile du Temple se déchira, la terre trembla, les rochers se fendirent, les tombeaux s'ouvrirent, et beaucoup de morts ressuscitèrent", au point que "ceux qui étaient là furent saisis d'une grande crainte, et dirent : Cet Homme était vraiment le Fils de Dieu" ( Mt, XXVII, 51-54). Oui Jésus est Dieu. Et la mort du Christ commence aussitôt à se manifester telle qu'elle est en réalité, c'est-à-dire non une défaite, mais la plus grande des victoires, la victoire sur le péché, sur la mort éternelle, conséquence du péché, la victoire dont la Croix est le trophée ; et cette victoire, rendue parfaite et définitive par la Résurrection du Seigneur au matin de Pâques, rend aux hommes la vie de la grâce, la vie surnaturelle, qui nous ouvre les portes du Ciel(1).
 
Chers amis, ouvrons enfin les yeux de notre âme, et voyons clairement tout ce que le Seigneur a voulu faire pour nous par amour, et que cela transforme nos vies, que nous ne soyons plus jamais les mêmes à la fin de ce Carême, que nous décidions d'aimer vraiment le Seigneur, en renonçant au péché commis délibérément, et à notre égoïsme, pour devenir fervents, pour nous unir à Dieu, par l' imitation du Seigneur Jésus, et le don de soi, chacun dans notre état de vie. Et profitons des grâces de la Semaine Sainte en nous confessant avec foi, confiance, et grande piété.
 
Toujours bien uni à vous par la prière à toutes les intentions que vous me confiez, je vous bénis de tout cœur, bonne Semaine Sainte.
 
Abbé B Tignères
 
 
(1) P. Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, OCD, "intimité divine".