Notre Carême, joie intime

Chers amis, revoici le Carême ! Cette longue retraite de l'Eglise, ce long pélerinage de quarante jours jusqu'à Pâques. Je voudrais vous préciser les dispositions qui doivent être les nôtres, pour que nous vivions un Carême de conversion véritable, et de sainteté.
 
Nous devons être tout d'abord davantage préoccupés du souvenir des souffrances du Seigneur, parce que le Carême se rapporte tout entier au grand mystère de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et au souvenir de tant de douleurs, de tant d'humiliations endurées pour nous et pour notre salut, nous devons désirer aimer le Seigneur davantage, et le Lui prouver par des œuvres, puisque l'amour se prouve par des œuvres. Oui, l'amour se prouve par des œuvres, sinon il n'est qu'un mot que le vent emporte, le vent de notre inconstance, et peut-être de notre superficialité. Et ces œuvres sont les œuvres de pénitence. Avant de vous dire quelles sont ces œuvres, je vous rappelle la signification de la pénitence :
 
La pénitence est une vertu surnaturelle ( c'est-à-dire qui demande la grâce de Dieu pour être pratiquée), qui comprend trois actes : La contrition ( c'est-à-dire le regret, la douleur de ses péchés ), le ferme propos ( c'est-à-dire la résolution d'éviter désormais le péché, et les occasions de péché ), et enfin la réparation ( c'est-à-dire l'expiation de ses péchés, et de ceux d'autrui ) par les œuvres de pénitence.
 
Oui l'amour de Jésus se prouve par les œuvres de pénitence, parce que celui qui aime vraiment le Seigneur a le désir de participer à ses souffrances. Et Jésus veut continuer en nous sa Passion, pour nous associer à sa Croix, pour nous faire participer à son œuvre rédemptrice, pour faire de nous ses collaborateurs dans la plus sublime de ses œuvres, qui est le salut des âmes. Jésus, qui aurait pu accomplir son œuvre seul, a voulu avoir besoin de nous. Voilà pourquoi faire pénitence, c'est-à-dire vouloir souffrir avec le Christ, est une exigence de la vie d'union au Christ. On ne peut pas être l'intime du Christ, on ne peut pas aimer Jésus, si on ne monte pas avec Lui sur la Croix. La souffrance a valeur surnaturelle seulement lorsqu'on souffre avec le Christ, et pour Lui. C'est Jésus qui sanctifie nos peines et nos douleurs : Des peines, des douleurs, acceptées, et mieux encore aimées, et vécues pour l'amour de Jésus-Christ, deviennent aussitôt précieuses, capables de réparer nos péchés, et même de racheter et de sanctifier les âmes, elles deviennent ainsi le prolongement de la Passion du Christ, et c'est ce que Jésus veut. 
      Alors qu'elles sont ces œuvres de pénitence que le Seigneur veut que nous fassions, en tous temps bien sûr, et particulièrement pendant le Carême ? Sachons que la pénitence du Carême ne se réduit pas à jeûner. Certes le jeûne en est bien une partie, les vendredis notamment, mais ce n'est pas la partie principale, ni la plus essentielle. La première pénitence sera toujours le support patient des adversités de la vie, l'acceptation de nos épreuves avec patience et douceur. Et l'accomplissement fidèle du devoir d'état, dans toutes ses exigences. Ne pensons pas faire vraiment pénitence si nous négligeons le devoir d'état, ou si nous murmurons sans cesse contre la Providence de Dieu.
 
Et puis faire pénitence, c'est aussi combattre et mortifier notre amour propre, sous toutes ses formes, parce que le fond de la pénitence chrétienne, c'est d'être humble, et donc plus doux, plus patient, plus indulgent, plus compatissant aux faiblesses d'autrui. Parlons beaucoup moins librement des défauts des autres, et cessons d'avoir la critique aussi facile, aussi sévère, et aussi légère. Nous taire, sauf nécessité du devoir : cesser bavardages, cancans, médisances, rumeurs, curiosités... Nous taire, enfin.
 
N'oublions pas non plus que parmi les œuvres de pénitence, les œuvres de charité tiendront toujours une grande place : charité d'abord envers ceux avec qui nous vivons quotidiennement, charité auprès des malades, des personnes âgées, des personnes isolées, des chrétiens persécutés dans le silence des belles consciences de ce monde, de tous ceux qui souffrent.
 
Chers amis, les œuvres de pénitence du Carême, c'est aussi faire un effort important pour la prière, spécialement la prière intérieure, la lecture méditée, l'oraison. Et aussi lire l'Ecriture Sainte, surtout les Évangiles ( la Passion ), l' "Imitation de Jésus-Christ". Et recevoir les sacrements plus souvent, et donc la grâce de Notre-Seigneur ; comment pouvons-nous nous confesser si peu ? Sommes-nous déjà saints ? La confession c'est le Sang de Jésus, c'est le fruit de l'amour du Coeur  de Jésus pour nous sur la Croix.
 
Faisons aussi un effort pendant le Carême sur la messe en semaine, si nous le pouvons, si la distance et notre devoir d'état nous le permettent ; sinon essayons au moins de lire et méditer la messe du jour, puisqu'en Carême l'Église nous offre quotidiennement une messe propre, qu'elle a composée pour nous faire monter peu à peu vers Pâques, profitons-en.
 
Enfin le Carême est aussi un temps de grâce pour couper avec l'oisiveté et la paresse, pour nous détacher de certaines affections désordonnées pour ce monde, les tentations, tout ce temps passé sans utilité réelle avec nos ordinateurs, nos téléphones, avec ces habitudes et ces esclavages de toutes sortes. Tout cela chers amis, croyez le bien, étouffe la grâce de Jésus en nous, l'empêche de grandir, cette grâce qui Lui a coûté tout son Sang.
 
Quant au jeûne, sauf le Vendredi Saint où il est obligatoire, et les autres vendredis de Carême si nous le pouvons, ne le faisons que si, et seulement si, nous avons le ferme désir d'observer tous les conseils précédents. Ainsi ce jeûne trouvera son sens. Mais un jeûne pratiqué de façon extérieure, sans suivre ces  recommandations, portera peu de fruits, sachons le bien. 
 
Alors, au seuil de ce Carême, que Dieu et la Vierge Marie bénissent nos efforts, qui sont destinés à prouver notre amour au Seigneur. Oui la pénitence est la preuve de l'amour. Et pour cette raison elle doit être notre joie intime, qui balaie toute tristesse, cette joie que le monde ne peut ni donner ni comprendre, puisque cette joie vient de l'Esprit-Saint, de la vie de Dieu qui grandit en nous, pour notre bonheur dès ici-bas, en attendant le bonheur du Ciel.
 
Abbé Bruno Tignères